ZNIEFF 310013720
La forêt domaniale de Guînes et ses lisières

(n° régional : 00330012)

Commentaires généraux

La Forêt domaniale de Guînes est située sur les marges des collines de l’Artois dont elle marque le rebord septentrional, en limite de la plaine maritime flamande. Ensemble forestier occupant un substrat géologique crayeux relativement homogène quant à sa nature. Cependant, sa topographie et son relief disséqué de petits vallons parallèles orientés sud-ouest - nord-est ont contribué à diversifier les variations des conditions écologiques locales (versants en exposition diverses, succession de végétations depuis les hauts de pente décalcifiés jusqu’aux fonds de vallons humides avec écoulement temporaires...). Un coteau crayeux en limite sud - sud-ouest diversifie un peu le patrimoine naturel du site. Le site est essentiellement occupé par la forêt domaniale de Guînes. Les peuplements y sont majoritairement traités en futaie régulière, ce qui réduit la diversité des structures forestières. Des parcelles ont été enrésinées. Le tracé du TGV, en limite nord-est, tronque la valeur d’écotone de cette lisière et crée un dérangement pour la faune. Les patrimoines floristique (23 taxons déterminants de ZNIEFF dont 8 protégés) et phytocénotique (9 syntaxons déterminants de ZNIEFF) sont relativement restreints pour un massif forestier de cette importance et révèlent bien son homogénéité. Néanmoins, ils sont tout à fait caractéristiques du pays de Licques, avec d’une part la combinaison forestière très classique de l’Endymio non-scriptae - Fagetum sylvaticae, des hauts de versants et plateaux, du Mercuriali perennis - Aceretum campestris des pentes crayeuses et de l’Adoxo moschatellinae - Fraxinetum excelsioris en fond de vallon non inondable, ces trois grands types forestiers présentant diverses variations écologiques locales qui restent à étudier, notamment en fonction de l’humidité du substrat et de ses caractéristiques édaphiques, et d’autre part la présence d’ Ornithogalum pyrenaicum et de Conopodium majus dont les principales populations sont situées dans le pays de Licques. On y ajoutera l’ourlet à Campanule gantelée (Groupement à Campanula trachelium et Brachypodium sylvaticum) dont la répartition est probablement liée aux forêts neutrophiles des collines crayeuses du nord-ouest de la France et notamment à l’Artois et au haut Boulonnais au niveau régional. Quelques végétations ponctuelles ou linéaires liées aux chemins forestiers présentent également un réel intérêt, certaines prairies ou ourlets intraforestiers demeurant encore mal connus. Epipactis leptochila (orchidée exceptionnelle et menacée d’extinction dans le Nord-Pas de Calais) est présente dans une parcelle. La présence de pelouses calcicoles apporte une composante patrimoniale supplémentaire de grand intérêt (Festuca ovina subsp. hirtula et cf. Thymo britannici - Festucetum hirtulae en particulier). Concernant la faune, douze espèces déterminantes ont été observées dans le périmètre de la ZNIEFF. Neuf espèces déterminantes de papillons de jour ont été inventoriées sur le site. Parmi elles, l’Hespérie du chiendent (Thymelicus acteon) a un statut défavorable au niveau européen (VAN SWAAY & WARREN, 2000), il est peu commun dans le Nord – Pas-de-Calais (HAUBREUX [coord.], 2005). L’espèce est observée dans les prairies maigres et les pelouses sèches (LAFRANCHIS, 2000), comme le Bellargus (Polyommatus bellargus), classé rare en région (HAUBREUX [coord.], 2005). Le Grand mars chageant (Apatura iris), inféodé aux lisières et clairières de forêts (principalement les vieilles hêtraies), aux berges des étangs et forêts alluviales (LAFRANCHIS, 2000), est assez rare dans la région (HAUBREUX [coord.], 2005). A l’échelle nationale, il s’agit d’une espèce prioritaire en terme de gestion conservatoire, son habitat étant menacé sur l’ensemble de son aire de répartition (DUPONT, 2001). Parmi les espèces d’Orthoptères identifiées sur le site, une est déterminante : le Tétrix des carrières (Tetrix tenuicornis). L’espèce est rare d’après la Liste rouge régionale (FERNANDEZ et al., 2004). Il s’agit d’une espèce thermophile, pionnière, inféodée aux milieux ayant un faible taux de recouvrement végétal (COUVREUR & GODEAU, 2000). La Bondrée apivore est identifiée comme nicheur probable à certain sur le site. Elle est inscrite à l’Annexe I de la Directive Oiseaux et est commune dans le Nord – Pas-de-Calais. En période de reproduction, ce rapace vit dans des boisements de plusieurs dizaines d’hectares entourés de plusieurs centaines d’hectares de prairies (TOMBAL [coord.], 1996). Concernant la malacofaune, Acicula fusca est la seule espèce déterminante observée dans le périmètre de la ZNIEFF. Les habitats où l’espèce est observée sont la litière des forêts de feuillus (surtout les vieux massifs), sur de vieux murs humides ou dans les mousses situées au niveau de suintement (CUCHERAT, 2005).

Commentaires sur la délimitation

Les pelouses crayeuses de Nabringhen et du Mont St-Sylvestre font partie d’un même ensemble écologique linéaire dont le relief est marqué par la Cuesta du Boulonnais. Les végétations et les espèces recensées sur ces deux sites sont sensiblement les mêmes, ce qui justifie largement la fusion des deux ZNIEFF de première génération 35-01 (Pelouses crayeuses de Nabringhen) et 35-02 (Mont St-Sylvestre). La première extension, située au nord-est du périmètre initial, est justifiée par l’observation de sept espèces déterminantes de Rhopalocères, dont le Damier de la succise (Euphydryas aurinia). L’observation de trois espèces déterminantes d’Amphibiens, dont le Triton crêté et la Rainette arboricole, justifient la deuxième extension, située au sud-ouest de la ZNIEFF.