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ZNIEFF 310030022
Forêt du Touquet

(n° régional : 00000237)

Commentaires généraux

La forêt du Touquet, qui couvrait près de 1000 hectares dans les dunes à la fin du XIXème siècle, a perdu depuis près des 2/3 de sa surface au profit du développement de l’urbanisme et des loisirs (golf). Une grande partie se trouve aujourd’hui réduite à d’étroites bandes boisées qui séparent les quartiers résidentiels de la ville.

La forêt du Touquet est un peuplement mixte feuillus/résineux associant de vieux Pins maritimes à des essences caduques diverses : bouleaux, chênes, frênes, érables, plus rarement des hêtres. Au cœur de la forêt, une dépression humide partiellement boisée (la Plaine du Nœud Vincent) héberge une remarquable prairie sableuse plus ou moins hygrophile. Au nord-est, un secteur de pelouses et fourrés dunaires occupe quelques hectares à l’extrémité de la piste désaffectée de l’aéroport.

Le relief tourmenté et la dynamique naturelle qui s’y exprime librement confèrent au paysage une certaine naturalité qui oblitère l’origine anthropique ancienne de la forêt. La fréquentation humaine est significative, mais ses impacts sont localisés aux secteurs aisément accessibles (abords des chemins rudéralisés, dépôts de déchets verts des riverains). Les dérangements sur la macrofaune (mammifères, oiseaux) sont à évaluer, tandis que l’extension de plantes ornementales issues des jardins voisins est manifeste (Cotoneaster div.sp.)

Bien que la production de bois ne soit pas l’objectif primordial de la gestion, la forêt fait l’objet de travaux forestiers : ouverture du milieu localisée, entretien de chemins (randonnée pédestre, pistes cavalières), parfois plantations.

La principale menace qui pèse sur la forêt est la reprise récente de la construction : la densification du bâti autour du mitage résidentiel entamé il y a quelques décennies risque de fractionner le site en petites unités déconnectées et menace directement des stations d’espèces patrimoniales.

Des liens écologiques et fonctionnels sont possibles entre la forêt et certains secteurs du golf voisin où des îlots boisés ont été conservés et où se trouvent quelques mares (Odonates, Batraciens). Ces milieux n’ont semble-t-il pas fait l’objet d’un diagnostic écologique, contrairement à d’autres espaces naturels relictuels d’intérêt patrimonial isolés au sein de ce golf (Plaine Lolotte par exemple).

· L’originalité floristique de ces dunes boisées tient à la présence d’espèces acidiphiles qui profitent des conditions de substrat particulières sous les vieilles pinèdes. La Goodyère rampante (Goodyera repens) trouve ici son bastion régional : plusieurs stations de cette minuscule et très rare orchidée ont été recensées dans différents secteurs de la forêt en 2009. La Petite Pyrole (Pyrola minor), exceptionnelle dans la région, compte aussi plusieurs stations sur le site. Une graminée acidiphile protégée dans le Nord/Pas-de-Calais, la Danthonie décombante (Danthonia decumbens), présente des populations disséminées dans la forêt.

· Le Daphné lauréole (Daphne laureola) et la Néottie nid-d’oiseau (Neottia nidus-avis), une curieuse orchidée dépourvue de chlorophylle, apprécient les secteurs ombragés où ils se développent en petites populations. Le Chèvrefeuille camérisier (Lonicera xylosteum) présente aussi une large répartition sur le site mais n’est jamais abondant.

· Protégée au niveau national, la Pyrole à feuilles rondes (Pyrola rotundifolia var. arenaria) se rencontre dans les fourrés et les sous-bois humides. La prairie psammophile qui couvre une partie de la Plaine du Nœud Vincent héberge une belle population du Rhinanthe à grandes fleurs (Rhinanthus angustifolius subsp. grandiflorus.

· Quelques secteurs de pelouses dunaires hébergent certaines espèces caractéristiques des milieux ouverts : Bugrane rampante, Erodion des dunes… ainsi que la Violette des chiens Viola canina subsp. canina var. dunensis, protégée au niveau régional.

· Enfin, l’Orchis homme pendu (Orchis anthropophora) a été observé en 2003 dans une clairière au sommet de la Dune au Loup.

La flore vasculaire déterminante compte ainsi 27 espèces déterminantes dont six sont protégées au niveau régional et une au niveau national.

Il faut aussi signaler la présence de 5 espèces de champignons déterminantes de ZNIEFF

Sur le plan des habitats, la forêt du Touquet présente également un réel intérêt phytocénotique, en lien avec la géomorphologie complexe du site et sa situation interne, au niveau de dunes plus anciennes au relief marqué, celles-ci enserrant des dépressions, pannes et plaines sableuses « fossiles » aujourd’hui boisées depuis longtemps. Ainsi, malgré les plantations centenaires ou plus récentes qui ont marqué la physionomie actuelle des peuplements, la dynamique forestière naturelle a pu s’exprimer et différents types de boisements naturels à semi-naturels se sont différenciés au fil du temps, tant au niveau de la xérosère que de l’hygrosère. On peut en particulier citer les types forestiers suivants :

-Chênaie dunaire mésophile à mésoxérophile à Laîche des sables (Groupement dunaire à Carex arenaria et Quercus robur) sous divers sylvofaciès à pins ou mixtes

-Aulnaie-Chênaie-Frênaie plus ou moins hygrophile à Ecuelle d’eau et Eupatoire chanvrine (Alnenion glutinoso – incanae) probablement dérivée par dynamique naturelle et vieillissement du Ligustro vulgaris - Betuletum pubescentis, encore ponctuellement présent dans des clairières inondables reboisées plus récemment, dont les diverses variations écologiques sont encore à préciser.

Les ourlets dunaires sont également bien développés en lisières internes de ces forêts souvent claires et ils présentent une réelle originalité même s’ils demeurent méconnus à ce jour sur le plan phytosociologique (Groupement à Hieracium umbellatum et Carex arenaria, Groupement à Lonicera periclymenum et Teucrium scorodonia…)

Enfin, plus localement ou de manière fragmentaire au sein des espaces boisés, subsistent quelques fragments de pelouses dunaires du Koelerion albescentis, des fourrés et une végétation prairiale hygrophile psammophiles (cette dernière probablement dérivée de bas-marais dunaires abritant ou ayant encore abrité récemment Epipactis palustris et Juncus subnodulosus, deux taxons protégés en région Nord-Pas-de-Calais), qui restent à caractériser plus finement sur le plan phytosociologique.

Pour la faune, neuf espèces déterminantes ont été signalées dans la forêt du Touquet.

Chez les oiseaux, le Pic noir exploite les nombreux pins morts ou sénescents, disséminés au sein du peuplement forestier pour se nourrir. Des loges creusées dans les troncs avèrent une nidification certaine.

Trois espèces de Reptiles fréquentent la forêt du Touquet, dont la Couleuvre à collier, espèce déterminante, observée dans plusieurs secteurs de la forêt. La Rainette arboricole (Hyla arborea) a été signalée à la marge du site en période nuptiale.

Deux espèces déterminantes de Lépidoptères ont été recensées : le Petit sylvain (Limenitis camilla) est favorisé par l’abondance des chèvrefeuilles en sous-bois : ces Caprifoliacées sont la nourriture exclusive de sa chenille, tandis que les adultes butinent les fleurs de ronciers dans les clairières ensoleillées. L’Hespérie de la mauve (Pyrgus malvae), rare au niveau régional (HAUBREUX, 2009), se rencontre dans la prairie de la Plaine du Nœud Vincent.

Sur neuf espèces d’Orthoptères signalées, trois sont déterminantes. Le Gomphocère tacheté (Myrmeleotettix maculatus) se concentre sur les zones ouvertes où il cohabite sur le site avec d’autres espèces peu communes : l’Oedipode turquoise (Oedipoda caerulescens) et le Criquet marginé (Chorthippus albomarginatus). Le Méconème fragile (Meconema meridionale) occupe pour sa part le feuillage des arbres sur les lisières ensoleillées.

L’Agrion mignon (Coenagrion scitulum) et la Libellule fauve (Libellula fulva) sont observés en chasse dans les clairières de la forêt.

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre de la ZNIEFF correspond à la partie orientale de la forêt initiale qui présente encore un caractère d’espace naturel dominant sur une superficie d’environ 200 hectares d’un seul tenant (une route sépare néanmoins une petite portion de la ZNIEFF du reste de la forêt). Une petite dune isolée au nord (la Dune au Loup) a été ajoutée en raison de la présence d’une orchidée très rare et protégée dans la région.