ZNIEFF 310030076
Coteaux de la Haute vallée de la Course à Doudeauville et Courset

(n° régional : 00420003)

Commentaires généraux

La haute-vallée de la Course entaille le revers de la cuesta du Boulonnais. Les altitudes y sont parmi les plus élevées du département du Pas-de-Calais. La dissymétrie caractéristique des vallées du Haut-Pays d’Artois y a donc une acuité particulière. Le versant oriental en rive gauche de la Course, du fait de la rigueur de la pente, a permis à quelques pans de coteaux d’échapper à l’intensification des pratiques agricoles.

La ZNIEFF des coteaux de la Haute-vallée de la Course à Doudeauville et Courset correspond à quatre sites de taille modeste. S’ils sont disjoints dans l’espace, habitats et flore y sont suffisamment homogènes pour justifier la jonction des sites en une seule ZNIEFF. Il s’agit du nord au sud :

- du coteau et du bois du Miroir à Courset ;

- du coteau du Fond de Crandal à Doudeauville ;

- du coteau du Mont de Doudeauville et du Bois de Course à Doudeauville ;

- du bois au sud du Mont de Doudeauville.

Il s’agit de coteaux crayeux à pelouses basophiles et mésohydriques. Les trois bois, situés essentiellement sur la partie supérieure des versants, présentent également des habitats forestiers homogènes.

Ces ensembles végétaux ont néanmoins des caractéristiques propres inscrites dans la qualité de paysages plus vastes particulièrement remarquables au plan géomorphologique. Le Bois du Miroir est une composante du site de la source de la Course. Le Fond de Crandal est une des profondes ramifications (vallée sèche) de l’axe principal de la Course. Le Bois de Course, étiré sur 2.500 mètres de versant, souligne l’affleurement des marnes du Turonien inférieur et moyen. Le Mont de Doudeauville s’inscrit en surplus dans la continuité de l’affaissement sensible et caractéristique de l’interfluve entre Doudeauville et Bezinghem.

Au moins quatre habitats déterminants de ZNIEFF ont été recensés sur ces coteaux et boisements.

Le Bois de Course et le Bois du Miroir présentent deux habitats forestiers déterminants de ZNIEFF relevant du Carpinion betuli (inscrits à l’annexe 1 de la Directive européenne Habitats-Faune-Flore) : la hêtraie à Mercuriale vivace (Mercuriali perennis - Aceretum campestris), bois caractéristique des pentes et bas de pente des coteaux crayeux et la Hêtraie atlantique acidicline à Jacinthe des bois (Endymio non scriptae - Fagetum sylvaticae), observée sur les sols souvent décalcifiés de la partie supérieure du coteau ou en haut de plateau, développés sur colluvions limoneuses ou limons, ces derniers parfois avec des silex.

Autre habitat forestier déterminant appartenant au Fraxino excelsioris - Quercion roboris observé au Bois du Miroir, l’Adoxo moschatellinae - Fraxinetum excelsioris allietosum ursini. Cette sous-association qui présente un tapis herbacé d’Ail des ours, héberge potentiellement de nombreuses espèces végétales déterminantes de ZNIEFF.

Une communauté végétale des lisières forestières relevant du Trifolion medii a été observée au Coteau du Fond de Crandal. Il s’agit d’un ourlet mésophile qui reste à caractériser, lié à des forêts du Carpinion betuli développées sur des sols relativement profonds. Ces communautés constituent une ceinture entre les pelouses sèches ou mésophiles et le manteau forestier arbustif, du côté ensoleillé, là où l'alimentation en nutriments est limitée.

Parmi les milieux ouverts, la pelouse mésohygrophile à Succise des prés (Succiso pratensis - Brachypodietum pinnati) a pu être identifiée sur le coteau du Fond de Crandal. Inscrite à l’annexe 1 de la Directive européenne « Habitats-Faune-Flore », elle est considérée comme rare à l’échelle régionale. Cette association vulnérable est menacée à la fois par l’eutrophisation (apport de fertilisants et d’amendements, intensification du pâturage provoquant l’évolution de la pelouse en prairie) et par l’embroussaillement et la colonisation par les ligneux, avec développement de fourrés lié à l’abandon des pratiques pastorales. Les coteaux visités témoignent de la vulnérabilité de cet habitat.

FLORE

Quinze espèces végétales déterminantes ZNIEFF sont recensées sur les différents secteurs composant la ZNIEFF. Sept sont protégées au niveau régional.

Les milieux ouverts, malgré leur superficie proportionnellement réduite, accueillent un certain nombre d’espèces patrimoniales. Quatre espèces protégées à l’échelle régionale et caractéristiques des pelouses basophiles mésohydriques sont inégalement réparties sur les différents coteaux : des orchidées comme la Dactylorhize de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii), vue sur les coteaux du Mont de Doudeauville et du Bois du Miroir, l’Ophrys abeille (Ophrys apifera) sur les coteaux du Bois du Miroir et du Fond de Crandal ou encore l’Ophrys mouche (Ophrys insectifera) sur le coteau du Bois du Miroir où il est accompagné par la Gentianelle d’Allemagne (Gentianella germanica).

Plus largement répartis, le Cirse acaule (Cirsium acaule) et la Scabieuse colombaire (Scabiosa columbaria) sont présents sur les trois coteaux, tout comme la Chlore perfoliée (Blackstonia perfoliata) qui caractérise plutôt les pelouses hygrophiles marnicoles.

L’abandon du pâturage sur les coteaux se traduit par le développement des arbustes au détriment des pelouses. Certains ont toutefois un certain intérêt ou une valeur patrimoniale dans le Nord - Pas de Calais comme l’Ajonc d’Europe (Ulex europaeus) et surtout le Genévrier commun (Juniperus communis), protégé au niveau régional.

Le passage des milieux ouverts aux boisements est l’occasion d’observer deux autres orchidées déterminantes de ZNIEFF : l’Orchis pourpre (Orchis purpurea) et l’Orchis mâle (Orchis mascula), ce dernier protégé dans le Nord - Pas de Calais. Ces deux espèces sont assez largement distribuées sur les différents secteurs de la ZNIEFF et parfois abondantes dans les lisières boisées et en sous-bois.

En lisière du bois de Course, une population importante d’Euphorbe douce (Euphorbia dulcis) a été recensée en 1995 et revue en 2010. Cette espèce est protégée et considérée comme très rare au niveau régional.

Parmi les espèces forestières, signalons encore deux espèces ligneuses rares : l’Alouchier (Sorbus aria) et le Daphné lauréole (Daphne laureola), présent localement au bois du Miroir sur pente sèche à sol squelettique, ainsi qu’une fougère elle aussi rare dans la région : le Polystic à soies (Polystichum setiferum), présent sur les versants boisés des trois secteurs de la ZNIEFF.

Les données faunistiques peu nombreuses peuvent refléter une insuffisance des prospections pour certains groupes. En l’état actuel des connaissances, une espèce déterminante de ZNIEFF est répertoriée dans ce complexe de coteaux ouverts et de versants boisés. Il s’agit d’un Lépidoptère, le Demi-deuil (Menalargia galathea) qui a été observé sur les coteaux du Fond de Crandal et du Mont de Doudeauville. Cette espèce affectionne les prairies maigres et pelouses, dans des stations humides ou sèches (LAFRANCHIS, 2000). Sa chenille s’alimente sur diverses Poacées, par exemple le Brachypode penné (Brachypodium pinnatum) qui peut être abondant dans les pelouses ourlifiées des coteaux.

Les coteaux et versant boisés concernés par le périmètre de la ZNIEFF sont principalement exploités pour la sylviculture et l’élevage (parties les plus basses des versants). La chasse est une activité annexe dans les bois, qui donne parfois lieu à des aménagements, sources de dégradations trophiques locales (dépôts d’objets divers, construction d’édifices plus ou moins artisanaux : cabanons, « poulaillers »…) mais cependant sans impact majeur apparent sur le milieu. La sylviculture peut affecter plus sensiblement certains secteurs en fonction des coupes et replantations. Les coupes à blanc semblent assez limitées en surface, par contre l’abandon des rémanents induit l’apparition de végétations nitrophiles (orties, ronces…) et, localement, la banalisation de la végétation herbacée des sous-bois.

A contrario, l’abandon du pâturage sur les parties des coteaux encore ouvertes est un facteur d’appauvrissement de la végétation : les pelouses s’effacent progressivement au profit de végétations de prairies et d’ourlets, et la colonisation de certains secteurs par les arbustes (prunelliers, cornouillers) est inquiétante. A ces menaces liées à la dynamique naturelle du milieu s’ajoutent parfois des plantations artificielles (frênes communs sur le coteau du Fond de Crandal).

Enfin, les prairies des bas de versants, plus facilement accessibles par les engins agricoles et le bétail, souffrent d’une eutrophisation et d’un surpâturage qui appauvrissent nettement la flore et les communautés végétales.

Commentaires sur la délimitation

La ZNIEFF des coteaux de la haute Course est composée de quatre secteurs distincts situés sur les communes de Doudeauville et Courset. Le choix de ne pas relier ces différents secteurs en un unique périmètre plus large est lié à la topographie et à la nature des sols, très différents selon que l’on se trouve sur le plateau (grandes cultures sur sols limoneux pléistocènes), dans le fond des vallons (prairies eutrophiles sur alluvions modernes) ou sur les versants (affleurement crayeux et marneux du Secondaire). Ces éléments déterminent des conditions écologiques et des usages très différents du sol dans ce secteur du Haut Pays d’Artois. La ZNIEFF se limite donc aux versants de vallons qui présentent une certaine similitude sur le plan géologique, écologique et sur celui des activités humaines qui ont modelé le paysage et déterminé la nature des végétions actuelles. De manière générale, les périmètres des différents secteurs suivent les contours des coteaux crayeux et des lisières des bois adjacents en s’arrêtant sur le rebord du plateau.