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ZNIEFF 310030085
Marais de la Nocq

(n° régional : 01040014)

Commentaires généraux

Situé en amont de la cité de Montreuil-sur-Mer, le marais de la Nocq est un complexe de zones humides dominé par les végétations forestières et préforestières et parcouru d’un réseau dense de fossés de drainage. Ce marais s’étend sur la rive droite de la Canche de part et d’autre d’un petit cours d’eau, la Nocq, qui prend sa source en amont et traverse la ZNIEFF d’est en ouest parallèlement à la Canche. La Nocq se jette dans le fleuve à quelques centaines de mètres en aval de la ZNIEFF, à proximité du Moulin du Bacon.

Ce marais avait fait l’objet de plantations massives de peupliers qui en limitaient l’intérêt écologique pour la faune et la flore des zones humides. L’exploitation des peupliers sur de vastes surfaces a rétabli des conditions plus favorables pour certaines espèces animales, avec la recolonisation des parcelles par des mégaphorbiaies précédant une végétation ligneuse naturelle (saules divers, aulnes glutineux). Par ailleurs, certains fossés de drainage offrent des potentialités intéressantes pour la végétation aquatique. Au nord de la Nocq, le marais est émaillé de plans d’eau plus ou moins artificialisés (mares d’agrément, mares de chasse). Localement, de larges chenaux bordés de bosquets de saules arbustifs contrebalancent la monotonie des peupleraies et confèrent à certaines parties du marais un aspect sauvage attrayant sur le plan paysager. Quelques prairies pâturées aux abords de la Nocq et une partie du marais de la Chartreuse où s’exerce une forte activité cynégétique complètent les milieux ouverts du marais.

La flore patrimoniale du Marais de la Nocq compte 6 espèces déterminantes de ZNIEFF dont 3 protégées au niveau régional. La végétation aquatique prédomine avec 4 espèces observées dans les fossés. Parmi celles-ci, soulignons le Myriophylle verticillé (Myriophyllum verticillatum), très rare, menacé d’extinction et protégé dans le Nord - Pas de Calais, ou encore la rare Renoncule en crosse (Ranunculus circinatus). La Morrène aquatique (Hydrocharis morsus-ranae) présente plusieurs populations pouvant être localement bien développées. Deux autres espèces hygrophiles protégées dans la région ont été observées en milieu terrestre : le Jonc à fleurs obtuses (Juncus subnodulosus) et le Scirpe des forêts (Scirpus sylvaticus).

Concernant plus spécifiquement les végétations déterminantes de ZNIEFF, des prospections complémentaires ciblées permettraient de mieux préciser l’intérêt et la valeur phytocénotique de cette ZNIEFF.

Cinq espèces animales déterminantes de ZNIEFF ont été recensées. La prédominance des formations boisées (saulaies et aulnaies de recolonisation, peupleraies à hautes herbes et bosquets d’arbustes en sous-bois) est particulièrement favorable à la Bouscarle de Cetti (Cettia cetti). Les mâles chanteurs sont largement répartis dans le marais en période nuptiale. Plus localisé, le Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus) fait parfois entendre son chant dans les cariçaies du Marais de la Chartreuse.

La Couleuvre à collier (Natrix natrix) a été observée dans une ancienne peupleraie réouverte après exploitation des arbres à l’ouest du site. Cette espèce peu commune dans la région est aujourd’hui localisée à quelques vallées alluviales et zones humides dunaires.

Quelques prospections entomologiques localisées ont révélé la présence de l’Agrion mignon (Coenagrion scitulum) et de la Libellule fauve (Libellula fulva) aux abords de la Nocq.

De par sa grande superficie, le marais de la Nocq est une zone inondable essentielle pour l’expansion des crues de la Canche en amont de Montreuil-sur-Mer. Une grande partie du marais est consacrée à la populiculture. Beaucoup de peupleraies sont vieillissantes ; certaines ne sont pas entretenues ce qui permet à une végétation herbacée et arbustive naturelle de se développer en sous-bois. Toutefois, la plupart des peupleraies encore sur pied ou exploitées témoignent d’une importante eutrophisation des sols (végétation nitrophile). De nombreuses coupes à blanc ont été effectuées au sud de la Nocq et beaucoup de parcelles ont fait l’objet de replantations qui contraindront sans doute l’expression des végétations naturelles à l’avenir, voire entraîneront leur élimination lors du nettoyage des sous-bois. Ces replantations auront des effets écologiques négatifs car elles signifient à terme un appauvrissement des capacités d’accueil pour certaines espèces, en particulier l’avifaune des roselières et des saulaies et, de nouveau, la disparition de végétations hygrophiles herbacées et une artificialisation des boisements alluviaux potentiels. Une partie des anciennes peupleraies à l’ouest fait toutefois l’objet d’un projet de gestion conservatoire. Ce secteur montre des potentialités intéressantes après exploitation des bois, au travers de la recolonisation par la végétation palustre naturelle. Il serait judicieux de favoriser la reconversion d’autres anciennes peupleraies vers des usages plus favorables à la biodiversité.

La chasse est l’autre activité prédominante dans le marais. Au sud de la Nocq, les peupleraies font parfois l’objet d’aménagements cynégétiques (ouverture de layons, agrainage et cultures à gibier entre les alignements de peupliers…) Au nord, la chasse a un impact notable sur le marais de la Chartreuse. De nombreux aménagements témoignant de modes de chasse variés sont visibles ; leur insertion dans le milieu naturel et les modifications du régime hydrologique induites par cette activité sont des plus discutables. Néanmoins, ce secteur présente dans l’ensemble des végétations plus diversifiées (cariçaies, roselières, boisements naturels).

Au nord-est, le mitage du marais par les terrains de loisirs est sensible. L’implantation d’étangs d’agrément ou de pêche, de cabanons, l’artificialisation des parcelles traitées en espaces verts entraînent des dégradations et des pollutions préjudiciables à la qualité du milieu (vidange des étangs dans les fossés). Des dépôts de déchets verts peuvent aussi être observés, et une décharge est implantée près de la Nocq. Consécutivement à cette pression anthropique, des espèces exotiques (Bernache du Canada, etc.), certaines pouvant être invasives (Renouée du Japon, Berce du Caucase) colonisent certains secteurs.

L’élevage occupe proportionnellement une superficie très réduite. Une extension des surfaces pâturées pourrait améliorer la qualité des prairies en répartissant la charge de bétail, favorisant ainsi le déploiement de la biodiversité des zones humides dans ce vaste marais.

Les berges de la Canche sont très fréquentées par les pêcheurs à la ligne, ce qui induit par endroits des dégradations et des perturbations (stationnement de véhicules et circulation en dehors des routes, dépôt de déchets, piétinement de la végétation). Signalons encore la présence d’un chemin de randonnée qui traverse le marais d’est en ouest sur toute sa longueur. Une voie de circulation très fréquentée (RN1) traverse aussi le marais du nord au sud dans sa partie orientale. Cette route construite sur un large remblai crée une rupture de connectivité significative pour la faune terrestre.

Commentaires sur la délimitation

La création de la ZNIEFF du Marais de la Nocq s’inscrit dans une démarche de mise à jour de l’inventaire des zones humides patrimoniales dans le périmètre de la ZNIEFF de type 2 « La basse vallée de la Canche et ses versants en aval d’Hesdin » (ZNIEFF n°104). Situé en rive droite de la Canche, le Marais de la Nocq est constitué des zones humides alluviales du fond de la vallée.

Le lit mineur de la Canche marque la limite méridionale de la ZNIEFF qui s’étend vers le nord jusqu’au pied du versant septentrional de la vallée. Le périmètre de la ZNIEFF s’achève à l’est, à la limite avec la commune voisine de Marles-sur-Canche. La zone humide en amont de cette limite constitue la ZNIEFF des marais et bois tourbeux de Marles-sur-Canche (ZNIEFF de type 1 n°104-4). Traversées toutes deux par la Nocq, les deux ZNIEFF ont un lien écologique et fonctionnel indéniable. La limite occidentale de la ZNIEFF est marquée par les zones urbanisées qui bordent la RD349, voie de circulation qui relie Montreuil-sur-Mer (rive gauche) et Neuville-sous-Montreuil (rive droite). Au nord-est, le périmètre de la ZNIEFF marque une indentation pour exclure un élevage piscicole (la Rederie) implanté dans le fond de la vallée.