Logo SINP - Système d'information sur la nature et les paysages

ZNIEFF 310030106
Zone humide du Fond du Valigot à Etaples

(n° régional : 00000277)

Commentaires généraux

La dépression du Valigot, au nord de la Canche, donne lieu à une large vallée très évasée, dont l’amont est adossé aux dunes étaploises du Rombly et l’aval à l’amont immédiat de l’estuaire de la Canche.

Le fond de vallée est caractérisé par son caractère humide et la présence d’un ensemble de milieux naturels diversifiés (prairies humides, mares, fossés…). Bien que réduit aujourd’hui au nord du fait de la création de la zone industrielle du Valigot, le Fond du Valigot présente encore une surface significative et homogène de milieux humides remarquables au sud de la route départementale 113.

Au Nord, le site est riverain de la Zone d’intérêt Communautaire pour les Oiseaux des plateaux de Widehem/Frencq.

Situé au centre d’un ensemble d’espaces naturels très variés, le Fond du Valigot est aussi un corridor biologique important entre les dunes du Rombly, la vallée de la Canche et le bois de Fromessent.

Même si sur le plan phytosociologique les données restent pour le moment fragmentaires et peu précises, on peut déjà noter l’intérêt du site et signaler la présence d’au moins cinq végétations déterminantes de ZNIEFF correspondant d’une part à des végétations prairiales hygrophiles (Hordeo secalini - Lolietum perennis) à longuement inondables (Oenanthion fistulosae) et, d’autre part, à des roselières subhalophiles (Scirpion compacti ) et mégaphorbiaies (Thalictro flavi - Filipendulion ulmariae) en dérivant très probablement. Par ailleurs, la prairie hygrophile subhalophile à Carex divisa relevant du Loto tenuis - Trifolion fragiferi est probablement d’une grande originalité phytocénotique et méritera d’être revue et mieux caractérisée car probablement rarissime et menacée.

L’intérêt floristique du site du Fond du Valigot est également très élevé. Il comporte 12 espèces végétales déterminantes de ZNIEFF. La présence d’une treizième, le Brome en grappe (Bromus racemosus), est à confirmer.

Cet intérêt floristique tient en premier lieu à la présence de certaines espèces à affinités halophiles inscrites sur la liste rouge des espèces menacées de la région.

La Laîche divisée (Carex divisa), espèce à répartition exclusivement littorale, est exceptionnelle et gravement menacée d’extinction dans le Nord/Pas-de-Calais. Le Fond du Valigot abrite une des quatre populations régionales connues de cette espèce caractéristique des prairies humides subhalophiles. Dans le cas présent, les stations sont très significatives sur le plan spatial et le maintien de la qualité écologique de la zone humide apparaît crucial pour la conservation de cette espèce rarissime. D’autres espèces caractéristiques des milieux saumâtres comme le Troscart maritime (Triglochin maritima), très rare dans la région, ou encore la Renoncule de Baudot (Ranunculus baudotii), l’Oenanthe de Lachenal (Oenanthe lachenalii) et le Scirpe maritime (Bolboschoenus maritimus), tous trois rares dans le Nord-Pas de Calais, ont aussi été recensées dans les secteurs les plus humides.

Plus généralement, l’intérêt floristique du site tient aussi à la flore des milieux mésohygrophiles ou hygrophiles. Les espèces aquatiques comme la Renoncule à feuilles capillaires (Ranunculus trichophyllus),la Renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis) ou encore la Zannichellie des marais (Zannichellia palustris) dont la sous-espèce reste à préciser, et des espèces prairiales comme l’Orge faux-seigle (Hordeum secalinum), qui présente des populations étendues, ou encore le Séneçon aquatique (Senecio aquaticus) illustrent l’intérêt des milieux aquatiques et prairiaux du vallon du Valigot.

Avec un total de 21 espèces animales déterminantes de ZNIEFF recensées, le Fond du Valigot présente un intérêt faunistique très significatif par rapport à sa superficie relativement modeste.

L’intérêt ornithologique est à l’image de la diversité des milieux concentrés sur un espace pourtant limité. On y note la présence de plus de cinquante nicheurs des cortèges suivants :

- cortège des cultures et prairies dans les secteurs moins humides : Perdrix grise (Perdix perdix), Pipit farlouse (Anthus pratensis), Bruant jaune (Emberiza citrinella) …

-cortège d’oiseaux des zones humides : Sarcelle d’hiver (Anas crecca), Rousserolle effarvatte, Phragmite des joncs (Acrocephalus schoenobaenus), Bouscarle de Cetti (Cettia Cetti), Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus)…

-cortège des oiseaux des haies et arbustes : Tarier pâtre (Saxicola torquata), Fauvette grisette (Sylvia communis), Pouillot fitis (Phylloscopus trochilus), Linotte mélodieuse (Carduelis cannabina), Bouvreuil pivoine (Pyrrhula pyrrhula)…

Le Fond du Valigot est donc un site de reproduction pour plusieurs espèces déterminantes de ZNIEFF au statut critique (Phragmite des joncs, Sarcelle d’hiver, Bouscarle de Cetti). La Bouscarle et le Phragmite des joncs bénéficient de la présence de fourrés mêlés de roselières et de mégaphorbiaies au nord du vallon. De plus, il faut signaler l’observation du râle d’eau (Rallus aquaticus) et de la Bécassine des marais (Gallinago gallinago) en période nuptiale au niveau de la zone humide, bien que la nidification ne soit pas avérée en 2010. Le site est cependant très favorable à leur nidification.

Trois espèces de rapaces déterminantes de ZNIEFF, le Busard cendré (Circus pygargus), le Busard Saint-Martin (Circus Cyaneus) et le Busard des roseaux (Circus aeruginosus), sont nicheuses dans les terres cultivées riveraines (ZICO) en fonction des rotations culturales. Le vallon du Valigot fait partie de leurs territoires de chasse.

Pour compléter l’intérêt ornithologique du site, le Fond du Valigot n’est pas dissociable des terrains avoisinants pour l’avifaune en période d’hivernage et en halte migratoire. Le secteur accueille ainsi le Courlis cendré (Numenius arquata), la Bécassine des marais (Gallinago gallinago), la Bécassine sourde (Lymnocryptes minimus) et la Grande aigrette (Egretta alba) dans les prairies humides. Les milieux environnants permettent le stationnement d’espèces peu communes en période internuptiale : le Merle à plastron (Turdus torquatus) et le Traquet motteux (Oenanthe oenanthe) s’installent dans les pelouses sèches à l’ouest de la zone humide, tandis que le Faucon émerillon (Falco colombarius), le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus), l’Alouette des champs (Alauda arvensis) et le Moineau friquet (Passer montanus) utilisent les zones cultivées à l’Est. Les effectifs nicheurs de l’Alouette des champs et du Moineau friquet sont en déclin au niveau régional.

Il faut noter la présence, en périphérie Sud-Est, d’une exploitation agricole en agrobiologie qui est particulièrement bénéfique à l’avifaune.

Les batraciens et reptiles sont un autre pôle d’intérêt fondamental du Fond du Valigot (4 espèces déterminantes de ZNIEFF sur 11 recensées). Ce dernier est particulièrement important pour la Rainette verte (Hyla arborea) (Annexe IV de la Directive Habitats-Faune-Flore) et le Pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), dont les populations importantes exploitent l’ensemble de la zone. La fonctionnalité du site est particulièrement bien mise en évidence par la complémentarité des différents milieux utilisés de manière variable chaque année selon le niveau d’eau. La présence de zones de fourrés en périphérie de la zone humide est bénéfique à la Rainette verte qui y trouve son habitat estival et des zones d’hibernation. On peut aussi souligner la présence du Triton alpestre (Ichtyosaura alpestris) et de la Couleuvre à collier (Natrix natrix). Cette dernière est présente dans les prairies humides du fond de vallon, mais aussi dans les friches, prairies et boisements en périphérie de celles-ci.

Les insectes, dont sept sont déterminants de ZNIEFF, témoignent d’un autre intérêt biologique avéré.

Les orthoptères comptent 4 espèces déterminantes de ZNIEFF : les zones humides accueillent le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), la Decticelle bariolée (Metrioptera roeselii) et des populations importantes de Criquet marginé (Chorthippus albomarginatus). La Decticelle chagrinée (Platycleis albopunctata), espèce xérophile à la distribution essentiellement littorale dans la région, occupe pour sa part les zones de ronciers au nord du site. Chez les Odonates, l’Agrion nain (Ischnura pumilio), assez rare dans la région, est présent dans les secteurs très humides (cariçaies, jonçaies) au sud du vallon. Deux espèces de papillons, le Thécla de la ronce (Callophrys rubi) et le Demi-deuil (Melanargia galathea) sont respectivement assez rare et peu commune dans le Nord-Pas de Calais.

Enfin, sept espèces de chauves-souris ont été mises en évidence en 2006 dans le Fond du Valigot ou son voisinage, dont trois sont déterminantes de ZNIEFF. Il s’agit du Grand murin (Myotis myotis), inscrite à l’annexe I de la directive Habitats-Faune-Flore, de la Noctule commune (Nyctalus noctula), vulnérable au plan national et de la Pipistrelle de Nathusius (Pipistrellus nathusii), également vulnérable au plan régional.

Elles utilisent le site à minima comme territoire de chasse ou de transit selon un axe Nord/Sud. Le Fond du Valigot est en effet inclus dans un réseau d’espaces naturels au sein desquels il peut être qualifié de corridor biologique important pour certaines espèces notamment pour les chauves-souris (GREET Ing., 2006).

Commentaires sur la délimitation

Le périmètre s’impose en premier lieu par la répartition globale des végétations, en phase le plus souvent avec le parcellaire, et par la répartition des espèces animales déterminantes.

En second lieu, le périmètre ne comprend pas de territoire commun avec les terres agricoles situées au Nord-Est qui sont déjà intégrées à la « ZICO des plateaux ».

En revanche, compte-tenu de la cohérence des unités fonctionnelles, il inclut de rares territoires cultivés ou des « délaissés » agricoles (talus, espaces reboisés) au Sud-Ouest et à l’Ouest, ce qui est motivé par des considérations essentiellement faunistiques. En outre, une étude réalisée en 2005 a mis en évidence un intérêt écologique élevé et localement très élevé de la bande de terrains située au sud du site (mosaïque de boisements et de prairies de fauche). Ils sont donc intégrés au périmètre à deux titres : zone tampon protectrice du ruisseau en rive gauche et intérêt propre bien que différent des enjeux de milieux humides motivant prioritairement la ZNIEFF. Ces terrains sont en outre directement contigus aux parcelles cultivées en agrobiologie, secteur d’ensemble où est observée une avifaune patrimoniale en période internuptiale (Sizerin flammé, Faucon émerillon, Busard Saint-Martin, Moineau friquet, Alouette des champs…).

En effet, la zone humide du Valigot est indissociable du point de vue fonctionnel des espaces agricoles contigus utilisés par de nombreuses espèces, notamment d’oiseaux ou de chauve-souris (territoire de chasse, reproduction de rapaces, zone de gagnage du Courlis cendré, hivernage de populations dense et diversifiée de passereaux granivores…).

Signalons que le périmètre de la ZNIEFF présente une extension linéaire vers le Nord qui correspond à la partie amont du cours d’eau qui traverse le site.