ZNIEFF 730010330
Zone centrale du Causse de Gramat

(n° régional : Z1PZ0249)

Commentaires généraux

La zone est située au centre du Causse de Gramat, sur les calcaires durs et karstifiés du Jurassique moyen. Au nord, la zone est essentiellement couverte par des pelouses sèches et des landes à Genévrier commun (Juniperus communis). La partie sud de la zone est globalement beaucoup plus boisée, et elle comprend le Massif de la Braunhie qui est dominé par la Chênaie pubescente. Si dans la partie nord une grande partie des sols a été travaillée un jour ou l’autre, il en va différemment dans la Braunhie : de très nombreux secteurs boisés sont développés sur des lapiaz qui ont empêché toute mécanisation du sol hormis dans quelques dolines de taille souvent très réduite. La surface considérée s’étend sur 7 141 ha pour une altitude moyenne de 367 m. Au total, 12 habitats naturels d’intérêt patrimonial ont été recensés. Ils relèvent de quatre grandes catégories : habitats agropastoraux, habitats aquatiques et humides, habitats rocheux et habitats forestiers.

Les 4 habitats agropastoraux sont les habitats les plus répandus sur le site où ils sont le plus souvent distribués en mosaïque au sein des parcours extensifs. Ils sont, dans leur ensemble, d’une grande richesse floristique et faunistique et d’une forte valeur patrimoniale. Les types de pelouse sèche recensés se rapportant au Mesobromion erecti sont les suivants : l’association à Cardoncelle mou (Carduncellus mitissimus) et Renoncule à feuilles de graminée (Ranunculus gramineus) - Carduncello mitissimi-Ranunculetum graminei - qui semble propre aux Causses du Quercy et qui présente plusieurs variantes (variante basophile mésoxérophile typique, variante basophile à tendance xérophile, enrichie en espèces du Xerobromion, variante mésophile à tendance acidicline, caractérisée par des espèces électives des sols acides ou décalcifiés, comme l’Agrostis commun (Agrostis capillaris) ou la Flouve odorante (Anthoxanthum odoratum)); le Mesobrometum erecti, pelouse développée sur des stations anciennement cultivées, à sol assez profond, caractérisées par la présence d’assez nombreuses espèces prairiales ainsi que de plusieurs plantes témoignant sans doute d’un passé cultural : Ail des vignes (Allium vineale), Gesse aphylle (Lathyrus aphaca), etc.; une pelouse mésophile à Brome érigé (Bromus erectus) dominant, également développée sur sol assez profond et possédant un contingent significatif d’espèces prairiales, mais dont la composition ne semble pas témoigner d’un stade cultural antérieur, trouvée ponctuellement sur la commune de Lunegarde ; une brachypodiaie dominée par le Brachypode des rochers (Brachypodium rupestre), liée à des sols plus ou moins décalcifiés en surface et qui partage une part notable de son cortège floristique avec les lisières herbacées de la chênaie pubescente locale. Outre les pelouses pacagées précédentes, se rattachent également au Mesobromion une pelouse fauchée mésophile à Brome érigé (Brome erectus), ainsi que sa variante fraîche à Cumin des prés (Silaum silaus) et Raiponce orbiculaire (Phyteuma orbiculare), trouvées ponctuellement sur une parcelle de fond de combe dans le secteur de Font Roumive (commune de Lunegarde). Les pelouses sèches recensées se rattachant à l’alliance du Xerobromion erecti sont : l’association à Crapaudine de Guillon (Sideritis peyrei subsp. guillonii) et Koelérie du Valais (Koeleria vallesiana) - Sideritido guillonii-Koelerietum vallesianae - , association propre au nord du bassin aquitain qui possède plusieurs sous-associations, dont la plus riche en espèces méditerranéo-montagnardes (sous-association Leontodontetosum crispi) est propre au Périgord méridional et au Quercy ; une pelouse xérophile à Chiendent à balai (Bothriochloa ischaemum) dominant, trouvée ponctuellement dans la partie sud de la Braunhie (Heaulmé, 2003) sur sol apparemment légèrement décalcifié en surface, qui possède un cortège floristique plus pauvre que l’association précédente avec laquelle son degré de parenté reste à préciser.

Les sous-types de l’habitat possédant la plus forte valeur botanique sont la pelouse du Sideritido guillonii-Koelerietum vallesianae, qui héberge de nombreuses espèces méridionales nettement localisées à rares au niveau national ou régional – Crapaudine de Guillon (Sideritis peyrei subsp. guillonii), Lin d’Autriche (Linum austriacum subsp. collinum), Euphorbe de Duval (Euphorbia duvalii), Hysope officinale (Hyssopus officinalis), Armoise blanche (Artemisia alba), Bugrane striée (Ononis striata), Ornithogale de Gussone (Ornithogalum gussonei) –, et la pelouse du Carduncello mitissimi-Ranunculetum graminei où ont été recensées à ce jour une vingtaine d’espèces d’orchidées, dont l’Ophrys sillonné (Ophrys sulcata), l’Orchis parfumé (Orchis coriophora subsp. fragrans), protégé par la loi, et l’Orchis de Provence (Orchis provincialis), espèce méditerranéenne en limite d’aire. L’Échinaire à têtes (Echinaria capitata), une rare graminée des lieux secs et arides, a également été observée sur les pelouses sèches de la zone. C’est à ce jour la seule mention lotoise connue de cette plante.

Les pelouses sèches à annuelles du Thero-Brachypodion sont quant elles représentées par deux types différents sur la zone. Le premier est l’association à Lin d’Autriche (Linum austriacum subsp. collinum) et Sabline des chaumes (Arenaria controversa) – Lino collinae-Arenarietum controversae –, qui se développe dans des tonsures neutro-basiques à caractère oligotrophe à oligomésotrophe, distribuées en mosaïque avec les pelouses relevant du Xerobromion ou de l’aile sèche du Mesobromion. Elle se caractérise surtout par la présence de plusieurs annuelles nettement méridionales comme le Brachypode à deux rangs (Brachypodium distachyon), le Buplèvre du mont Baldo (Bupleurum baldense), la Crucianelle à feuilles étroites (Crucianella angustifolia), et surtout, la Sabline des chaumes (Arenaria controversa), endémique du sud et du centre-ouest de la France protégée au niveau national qui confère à cette végétation une valeur patrimoniale certaine. Plusieurs plantes vivaces remarquables électives des pelouses rases croissent également de façon privilégiée ou fréquente dans ces tonsures, dont elles renforcent l’intérêt floristique : Lin d’Autriche (Linum austriacum subsp. collinum), Ornithogale de Gussone (Ornithogalum gussonei), Renoncule à feuilles de cerfeuil (Ranunculus paludosus). Sur des stations au sol plus ou moins décalcifié en surface, la Sabline des chaumes se retrouve dans des tonsures au cortège un peu différent, marqué par l’abondance ou la présence de quelques annuelles acidiclines comme la Canche caryophyllée (Aira caryophyllea) et la Vulpie faux-brome (Vulpia bromoides) et, a contrario, l’absence ou la rareté de divers thérophytes basophiles comme le Pâturin rigide (Catapodium rigidum), ou le Gnaphale dressé (Bombycilaena erecta). Elles correspondent à une forme de transition entre le Thero-Brachypodion et les pelouses xérophiles à annuelles des sols acides qui relèvent de l’alliance du Thero-Airion. La seconde association décrite par Verrier et recensée sur le site est la pelouse à Vulpie ciliée (Vulpia ciliata) et Crépis fétide (Crepis foetida) – le Vulpio ciliatae-Crepidetum foetidae –, qui possède une tonalité nitrophile assez marquée et se trouve soit sur des parcelles pâturées anciennement cultivées, soit sur des stations sans passé cultural mais à fort chargement pastoral (zones de passage ou de stationnement préférentiel du bétail). Elle se distingue essentiellement de l’association précédente par l’absence ou la rareté de la Sabline des chaumes (Arenaria controversa) et du Lin des collines (Linum austriacum subsp. collinum) ; la présence ou une fréquence élevée de plusieurs annuelles à large répartition présentant une assez grande amplitude vis-à-vis de la richesse du sol ou possédant un caractère nitrophile assez net (commensales des cultures), et enfin l’abondance ou la fréquence de diverses annuelles méridionales comme le Brome raboteux (Bromus squarrosus) et l’Égilope ovale (Aegilops ovata). Même si elle héberge à l’occasion une orobanche méditerranéenne rare au niveau départemental et très rare en Midi-Pyrénées, l’Orobanche naine (Orobanche ramosa subsp. nana), son intérêt floristique et patrimonial est globalement inférieur à la première variante. Elle correspond à une forme de transition vers les pelouses des Brometalia rubenti-tectori.

Composante principale des parcours extensifs ouverts du causse, les pelouses sèches abritent plusieurs espèces d’oiseaux de milieux ouverts nettement localisés ou en déclin et figurant à l’annexe I de la directive « Oiseaux » : Œdicnème criard, Pipit rousseline, Bruant ortolan. D’autres espèces plus courantes sont également présentes : Alouette lulu, Huppe fasciée, Petit-duc scops, Chevêche d’Athéna, Moineau soulcie, Tourterelle des bois ou encore Torcol fourmilier. L’habitat possède également une riche entomofaune à affinité méridionale ou orophile, qui comprend diverses espèces remarquables de coléoptères – Ophone cordiforme (Ophonus cordatus), Earote de Rey (Earota reyi), espèce méridionale présente dans les cloups et avens de la Braunhie ainsi que dans les vallées du Vers et du Célé, Ténébrion abrégé (Phylan abbreviatus), Cyrtone de Dufour (Cyrtonus dufouri), espèce inapte au vol et vivant sur diverses composées, Lébie pubescente (Lamprias pubipennis), Chrysomèle de l’Aveyron (Chrysolina aveyronenesis), Chrysomèle de Jolivet (Chrysolina joliveti), Casside humérale (Cassida humeralis) –, de lépidoptères – Azuré du mélilot (Polyommatus dorylas), Hermite (Chazara briseis), Nacré de la Filipendule (Brenthis hecate) –, et d’orthoptères – Sténobothre bourdonneur (Stenobothrus nigromaculatus), Criquet des garrigues (Omocestus raymondi), Criquet bariolé (Arcyptera fusca), Œdipode rouge (Oedipoda germanica) et la très rare Œdipode soufrée (Oedaleus decorus) qui n’est connue du Lot que d’une seule localité où elle a été observée au cours de plusieurs années successives. L’Hermite (Chazara briseis) et le Criquet bourdonneur (Stenobothrus nigromaculatus) affectionnent les pelouses très sèches et ne craignent pas une assez forte pression de pacage, alors que le Criquet bariolé (Arcyptera fusca), moins xérophile et plus sensible à la pression pastorale, se trouve surtout dans les pelouses mésoxérophiles modérément pacagées. Franchement vulnérable au pâturage, le Nacré de la filipendule (Brenthis hecate) est, quant à lui, surtout lié aux brachypodiaies, en raison à la fois de leur richesse en Filipendule commune (Filipendula vulgaris), rosacée sur laquelle s’effectuent la ponte et le développement larvaire de ce papillon, et d’une pression de pacage naturellement plus faible que sur les autres types de pelouse, le Brachypode des rochers (Brachypodium rupestre) étant peu apprécié des moutons. Du fait de cette particularité, les brachypodiaies jouent d’ailleurs un rôle de milieu refuge pour de nombreux autres insectes plus ou moins sensibles au pacage, et possèdent ainsi un intérêt écologique important.

Dans la période récente, si les opérations de réouverture de parcours embroussaillés effectuées dans le cadre de l’opération locale « Causse central » et des deux programmes LIFE « pelouses sèches » successifs ont permis de restaurer une surface non négligeable de pelouses sèches (55 ha), ces dernières ont également fait l’objet de destructions liées à des conversions de pelouses en cultures et au réaménagement de la RD2 (49 ha). En outre, les contrôles effectués au printemps 2004 sur plusieurs parcelles du site ont révélé, par rapport à la situation antérieure, une nette diminution de la végétation de pelouse vivace et, corrélativement, une étonnante extension des pelouses à annuelles. Cette modification de la part habituellement prise par chacun des deux types de pelouse résulte de l’effet destructeur sur la pelouse vivace de la sécheresse exceptionnelle de l’été 2003, qui a provoqué la mort ou l’affaiblissement de très nombreux pieds de Fétuque ovine (Festuca gr. ovina), graminée dominante de cet habitat, ainsi que l’aggravation de cet impact par le pâturage automnal. Ces modifications ont eu des conséquences très fortes sur certaines populations d’insectes, comme l’Hermite (Chazara briseis), qui ont accusé une très forte diminution.

Les pelouses rupicoles calcaires ou basiphiles qui relèvent de l’alliance de l’Alysso-Sedion albi sont représentées sur la zone par diverses formations : des pelouses sur dalles xériques compactes, non ou très peu désagrégées en surface ; des pelouses sur dalles xériques recouvertes d’un cailloutis de désagrégation superficielle plus ou moins mêlé d’argile de décarbonatation ; des pelouses sur dalles à cailloutis superficiel et fort contraste hydrique, qui sont situées dans des dépressions collectrices d’eaux de ruissellement ou dans la partie supérieure des zones de battement des mares à niveau variable, et sont soumises de ce fait à l’alternance de phases d’engorgement et de sécheresse intense. La première formation est exempte de thérophytes, et se limite quasiment à des peuplements clairsemés d’Orpin blanc (Sedum album) ou jaunâtre (Sedum anopetalum). Elle constitue une forme banale de l’habitat. La seconde possède un intérêt sensiblement supérieur en raison d’un cortège plus diversifié où se mêlent vivaces et annuelles. Le cortège vivace compte, outre les orpins précédemment cités, des plantes électives des lithosols ou des pelouses écorchées ainsi que diverses espèces transgressives des pelouses graminéennes vivaces encadrantes. Par la présence, entre autres, de la Sabline des chaumes (Arenaria controversa), du Brachypode à deux rangs (Brachypodium distachyon) et du Buplèvre du mont Baldo (Bupleurum baldense), le cortège d’annuelles associé est proche de celui du Lino collinae-Arenarietum. Parmi les vivaces, l’absence du Lin d’Autriche (Linum austriacum subsp. collinum) est un des signes distinctifs par rapport à la végétation de tonsure. La troisième formation constitue le sous-type de plus haute valeur patrimoniale et le plus original de l’habitat. Correspondant à des conditions écologiques très particulières, elles sont très peu nombreuses, avec moins d’une vingtaine de stations recensées (Heaulmé, 1994-1996 et 1999). Leur cortège vivace est essentiellement caractérisé par une graminée remarquable, le Pâturin de Baden (Poa badensis), orophyte centro-européen et nord-balkanique se trouvant en aire disjointe dans le Lot, où il n’est connu que d’une partie de la zone centrale du causse de Gramat. Le reste du cortège vivace comprend plusieurs plantes fréquentes dans les pelouses pionnières locales comme la Renoncule à feuilles de cerfeuil (Ranunculus paludosus) ainsi qu’une espèce largement répandue en France mais peu commune sur le Causse de Gramat, l’Herniaire glabre (Herniaria glabra). Le cortège d’annuelles se caractérise par la constance de la Sabline des chaumes (Arenaria controversa), la fréquence élevée de l’Érythrée élégante (Centaurium pulchellum), et surtout la présence plus ou moins régulière de la Bardanette en grappe (Tragus racemosus), assez rare dans le Lot. Dans les stations où la phase d’engorgement hydrique est la plus longue, comme au bord des mares temporaires ou à niveau fortement variable, il peut s’enrichir de thérophytes hygrophiles comme le Cresson rude (Sisymbrella aspera) ou le Jonc des crapauds (Juncus bufonius), issus des gazons à annuelles amphibies contigus. Si les pelouses de dalles ont pu globalement être considérées jusqu’à présent comme en bon état de conservation et peu menacées sur le site, la canicule de l’été 2003 a mis en exergue la vulnérabilité du Pâturin de Baden (Poa badensis) aux conditions de très grande sécheresse. Ainsi les contrôles effectués au printemps 2004 sur un échantillon de plusieurs stations locales de cette espèce ont révélé la disparition de 60 % à 100 % des pieds préexistants, dont la cause ne peut être qu’imputée à la seule sécheresse (présence de nombreux pieds morts et desséchés).

Les landes à Genévrier commun (Juniperus communis) qui colonisent les pelouses sèches permettent, lorsque leur structure est encore semi-ouverte, une diversification de la faune : des oiseaux remarquables comme la Fauvette orphée ou la Fauvette passerinette apprécient ce milieu. Le Bruant ortolan et la Pie-grièche écorcheur, deux espèces en déclin en France et en Europe, ainsi que le Pipit rousseline y trouvent postes de chant, sites de nidification ou encore secteurs de chasse. La Pie-grièche à tête rousse a également été observée ponctuellement sur le site.

Sur cette zone, les prairies de fauche atlantiques du Brachypodio rupestris-Centaureion nemoralis ne sont représentées que sur un très petit secteur où elles couvrent moins d’un hectare. Elles sont néanmoins représentées par deux formes de prairies de fauche calcicoles apparemment non fertilisées : l’une mésophile et l’autre humide, inondée régulièrement par une source, qui se distingue essentiellement de la précédente par l’abondance ou la fréquence de plusieurs plantes plus ou moins hygrophiles comme la Fétuque des prés (Festuca pratensis), le Brome en grappe (Bromus racemosus) ou l’Ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum) – ainsi que par la présence ponctuelle d’une orchidée protégée rare, l’Orchis parfumé (Anacamptis coriophora subsp. fragrans), également présente sur les pelouses sèches avoisinantes. Ces deux formes de prairies voisinent aussi directement avec une prairie mésotrophe neutro-basique longuement inondable relevant de la classe des Agrostietea stoloniferae et de l’ordre des Eleocharietalia palustris.

Les habitats aquatiques et humides dépendent étroitement des points d’eau temporaires et permanents du causse, très majoritairement représentés par des lacs de Saint-Namphaise. Ce sont des habitats spécialisés comprenant des espèces végétales localisées à rares et qui présentent un intérêt essentiel pour la faune : biotope d’invertébrés aquatiques comme les larves d’Agrion nain (Ischnura pumilio) par exemple (espèce d’intérêt patrimonial connue de plusieurs points d’eau du site) ; milieux de reproduction des amphibiens – Crapaud accoucheur, Crapaud calamite, Rainette méridionale, Grenouille agile, Salamandre commune, Triton marbré, etc. – ; points d’abreuvement pour les mammifères et oiseaux du site.

Des peuplements de characées se rencontrent fréquemment dans les points d’eau bien éclairés de la zone, soit à l’état pur, soit en mosaïque avec des herbiers aquatiques de phanérogames. Aucun inventaire axé sur ce groupe de plantes de détermination délicate n’avait, semble-t-il, encore été réalisé au niveau local. Les seules données spécifiques disponibles, établies dans le cadre d’une étude récente sur la biodiversité de trois lacs de Saint-Namphaise du Parc naturel régional des causses du Quercy (Angélibert & al., 1999-2003), concernent un point d’eau situé à proximité de la zone, le lac de Naves, où ont été recensées Chara vulgaris var longibracteata et Chara delicatula. Ces deux taxons à très large distribution sont habituellement communs en milieu alcalin, et sont donc très probablement également présents sur la zone elle-même.

Trois sous-types d’herbiers du Parvopotamion ont été recensés parmi les herbiers immergés. Le plus fréquent est un groupement à Potamot dense (Groenlandia densa), Zannichellie des marais (Zannichellia palustris) et Renoncule à feuilles capillaires (Ranunculus trichophyllus). Au cours de l’évolution dynamique spontanée des végétations aquatiques locales, il semble habituellement succéder ou se superposer aux peuplements pionniers de characées, avec lesquels il est fréquemment associé. Observée à l’occasion, l’implantation du Potamot nageant (Potamogeton natans) au sein du groupement semble correspondre à un stade de sénescence de ce dernier, en relation avec l’augmentation de l’envasement. Les deux autres sous-types d’herbiers de phanérogames immergés observés sont très localisés. Il s’agit de groupements monospécifiques, ou presque, de Myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum) et de Potamot crépu (Potamogeton crispus). Comme les peuplements de charophytes, ces herbiers phanérogamiques possèdent une capacité d’hébergement faunistique importante (invertébrés aquatiques, pontes et larves d’amphibiens).

Ont également été recensés sur la zone des peuplements ponctuels de petites espèces annuelles hygrophiles (Nanocyperetalia) comprenant très régulièrement le Cresson rude (Sisymbrella aspera), assez fréquemment la Renoncule des mares (Ranunculus sardous) et le Jonc des crapauds (Juncus bufonius), beaucoup plus rarement la Véronique faux mouron (Veronica anagallis-aquatica subsp. anagalloides), le Souchet brun (Cyperus fuscus) ou le Souchet jaunâtre (Pycreus flavescens) qui n’a été trouvé qu’une seule fois.

La végétation qui colonise les milieux rocheux n’est présente que de façon très ponctuelle sur la zone : elle est limitée aux parois de quelques igues de la Braunhie et à quelques affleurements (lapiaz à fort relief). Deux formes banales mais distinctes de végétations saxicoles, toutes deux dominées par des fougères, sont représentées : l’une, apte à supporter un ensoleillement direct et une atmosphère sèche, qui appartient à l’alliance du Potentillion caulescentis ; l’autre, élective des stations ombragées à hygrométrie élevée, qui relève de l’alliance du Violo biflorae-Cystoperidion alpinae. Ce dernier habitat se retrouve souvent au sein des tillaies-érablaies et des frênaies-érablaies où il colonise les blocs rocheux ombragés.

Il faut aussi noter la présence, dans les cloups (dolines) de la Braunhie, d’habitats forestiers originaux, et qui contrastent avec la chênaie pubescente dominante sur le causse. Ces habitats très ponctuels sont riches en plantes peu communes à rares au niveau départemental. Ils relèvent du Tilio-Acerion. Constitué par des tillaies-érablaies et des frênaies-érablaies calcicoles, l’habitat est extrêmement localisé sur le site, où il n’a été recensé que dans un nombre limité de cloups boisés du massif de la Braunhie. Il y occupe les zones de pente fortement rocheuses, formées de lapiaz plus ou moins massifs en gradins, ainsi que, parfois, le fond même de la dépression lorsque celui-ci est essentiellement composé de blocs calcaires. La surface occupée est toujours exiguë, le plus souvent inférieure à 100 m². Les espèces ligneuses les mieux représentées sont le Tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), généralement abondant ou dominant dans la strate arborescente, l’Érable de Montpellier (Acer monspessulanum), le Frêne élevé (Fraxinus excelsior), le Cornouiller mâle (Cornus mas), le Noisetier (Corylus avellana), le Chêne pubescent (Quercus pubescens), l’Érable champêtre (Acer campestre) et le Groseillier des Alpes (Ribes alpinum). La strate herbacée se caractérise par une composante rupicole, électivement liée aux blocs rocheux évoqués plus haut et qui relève du Violo biflorae-Cystoperidion alpinae et une composante terricole occupant essentiellement les petits replats terro-caillouteux. Outre le Brome de Beneken, espèce médio-européenne se trouvant en limite méridionale de répartition dans le Lot, la strate herbacée héberge ponctuellement diverses autres plantes remarquables comme le Lis martagon (Lilium martagon), la Parisette à quatre feuilles (Paris quadrifolia), le Muguet de mai (Convallaria majalis) et surtout la Laîche appauvrie (Carex depauperata), rare laîche forestière figurant dans la liste des espèces végétales protégées en Midi-Pyrénées. Ces bois correspondent à un groupement forestier apparemment encore inédit, constituant un type de forêt de ravin à tendance thermophile non encore décrit qui semble se rapporter à l’alliance du Tilio platyphylli-Acerion pseudoplatani.

3 espèces d’oiseaux d’intérêt patrimonial occupent les chênaies pubescentes du secteur. Le Pic mar affectionne particulièrement les secteurs à très vieux chênes pubescents (Quercus pubescens) de la Braunhie tandis que le Pigeon colombin, habituellement inféodé aux secteurs rocheux du département pour sa nidification, possède une petite population qui choisit ici les cavités de gros arbres pour établir son nid. Le Circaète Jean-le-Blanc niche dans un secteur calme de la Braunhie : ce grand rapace migrateur, prédateur de serpents, n’élève qu’un seul jeune par an. Il a besoin pour ce faire de secteurs boisés calmes pour établir son aire, et également de grandes zones ouvertes pour chasser ses proies. Signalons aussi la présence ponctuelle, au sein des chênaies pubescentes, d’espèces de plantes rares dans le Lot, comme l’Euphorbe anguleuse (Euphorbia angulata). Certains boisements localisés présentent de belles densités de vieux chênes pubescents pluriséculaires. C’est notamment le cas d’un secteur de la commune de Fontanes-du-Causse sur lequel un inventaire des coléoptères saproxyliques a été effectué en 1996. L’auteur des inventaires indique 21 espèces dont 4 assez rares ou relativement localisées en France et 7 rares ou possédant une répartition nettement restreinte. Les espèces déterminantes à citer sont les suivantes : Nécydale de l’orme (Necydalis ulmi), Purpuricène à cou globuleux (Purpuricenus globulicollis), Grande Cétoine dorée (Protaetia aeruginosa), Cétoine de Fieber (Protaetia fieberi) et Taupin ferrugineux (Elater ferrugineus). Mais nous citerons aussi d’autres espèces remarquables comme le cérambycidé Ropalopus clavipes, la Cétoine mate (Potosia opaca), l’Œdemère de l’Atlantique (Nacerdes carniolica subsp. atlantica) ou le staphylin Velleius dilatatus qui a la particularité surprenante de vivre dans les nids de frelons (Vespa crabro). Selon Delpy, la composition faunistique révélée par un seul piégeage laisse présager la présence locale d’une coléoptérofaune aussi riche que celle du site des vieux chênes de la Pannonie !

Les grottes et cavernes karstiques hébergent d’importantes populations de chauves-souris. La diversité chiroptérologique est relativement grande : près de 40 % des espèces françaises (soit 13 espèces dont 7 d’intérêt communautaire) y ont été recensées. 2 espèces de collemboles endémiques à très forte valeur patrimoniale sont présentes sur cette zone : la Pseudosinelle de Balazuc (Pseudosinella balazuci) et la Pseudosinelle à douze yeux (Pseudosinella dodecophthalma) (Deharveng et Bariviera). Une autre espèce de collembole souterrain est également présente dans les cavités du site : il s’agit du Micronychiure minute (Micronychiurus minutus) (ou une espèce très proche non encore décrite ?). Cette espèce (ou plutôt ce complexe d’espèces) occupe le nord-ouest de l’Espagne et le sud de la France à l’ouest du Rhône.

Dans les cultures du site, plusieurs espèces messicoles ont été inventoriées : Adonis annuelle (Adonis annua) et Nielle des blés (Agrostemma githago). L’Adonis annuelle colonise même parfois certaines pelouses sèches. L’Échinops à tête ronde (Echinops sphaerocephalus) occupe quant à lui quelques rares stations en bordure de champ cultivé ou de pelouse sèche au sol perturbé.

Cette zone naturelle est l’une des plus riches (et aussi les plus étudiées) du Lot. Tous les éléments de patrimoine naturel énumérés (y compris des endémiques) illustrent sa fonction de zone « réservoir » de biodiversité au sein des Causses du Quercy.

Commentaires sur la délimitation

La zone comprend deux secteurs bien distincts : une zone au nord, le causse de Lunegarde et du Bastit, couverte de nombreuses pelouses sèches, et une zone au sud, la Braunhie, à tendance nettement plus forestière. Les secteurs qui bordent cette zone sont globalement soit plus boisés (pour la partie nord), soit plus cultivés (pour l’ensemble de la zone) que la zone elle-même. Cependant, de nombreuses pelouses sèches jouxtent encore les limites de cette zone, et son extension pour les inclure aurait pu être envisagée.