ZNIEFF 930012355
LE VIEUX RHÔNE DES ARMÉNIERS

(n° régional : 84112127)

Commentaires généraux

Description de la zone

Entre le château d’Hers au nord, et l’usine de Sauveterre au sud, s’étire, sur plusieurs kilomètres de longueur et parfois 100 à 200 m de largeur, une très importante lône du Rhône, celle des Arméniers. Encombrée d’îles plus ou moins importantes (dont l’Islon Saint-Luc), elle longe la partie orientale de l’île de l’Oiselet. Des linéaires significatifs n’ont pas été aménagés avec des enrochements (au niveau de l’Islon Saint-Luc en particulier et au sud de l’île de l’Oiselet), et on y rencontre encore de petites plages formées d’éléments fins, très favorables à des activités biologiques. Comme sur le cours amont du Rhône vauclusien, certaines espèces médio-européennes ou eurasiatiques arrivent à s’y maintenir, surtout à la faveur de la présence de milieux qui restent frais, même en période estivale. On y rencontre une grande partie des groupements des grands fleuves à l’exception notoire des prairies naturelles :

-les groupements à hydrophytes (potamots, renoncules aquatiques, etc.) qui se maintiennent très bien dans les lônes,

-les groupements à hélophytes,

-les ripisylves qui occupent le lit majeur et sont constituées de forêts pionnières à bois tendre (saules et peupliers), et de forêts plus matures de bois dur (avec chêne pédonculé, aulne glutineux, frêne oxyphylle, etc.). Ces dernières sont particulièrement bien représentées à l’Islon Saint-Luc presque entièrement boisé,

-les mégaphorbiaies.

Flore et habitats naturels

Le très faible niveau d’artificialisation du site est à l’origine du maintien d’un bel ensemble naturel qui offre une grande diversité d’espèces et d’habitats. C’est ainsi que, malgré une eutrophisation parfois importante de la lône et son envasement progressif, des hydrophytes arrivent toujours à se maintenir comme Vallisneria spiralis (vallisnérie en spirale). Les formations à hélophytes présentent une diversité encore plus grande avec tout un cortège d’espèces médio-européennes qui sont ici bien souvent en limite méridionale de leur aire de répartition comme Carex pseudocyperus (laîche faux-souchet), Ranunculus sceleratus (renoncule scélérate) près du château d’Hers. En revanche, Oenanthe globulosa (oenanthe globuleuse) citée au début du XXe siècle par L. Charrel au bord du Rhône à Sorgues n’a jamais été confirmée. Les éléments typiques de la flore méditerranéenne font défaut ou ne représentent que des biotopes très réduits en surface et à faible biodiversité (sud-est de l’île de l’Oiselet).

Faune

Ce secteur du Vieux Rhône présente un certain intérêt pour la faune : vingt espèces animales patrimoniales, dont sept déterminantes, fréquentent les lieux. Les mammifères sont représentés par le Castor d’Europe présent marginalement dans cette zone (sans unité familiale fixée) et par la Loutre qui s’y reproduit très probablement (épreintes d’individus différents).
Concernant les amphibiens, seul le Pélodyte ponctué est mentionné sans toutefois d’observation récente.
Quant au cortège d’oiseaux nicheurs, il comprend notamment l’Alouette lulu, le Pic épeichette et le Martin pêcheur comme nicheurs certains. Le Héron pourpré, l’Aigrette garzette, le Guêpier d’Europe, le Bihoreau gris, le Faucon hobereau, et le Gobemouche gris sont des nicheurs probables.
Du côté des insectes signalons la présence de plusieurs espèces d’odonates : le Sympétrum déprimé (Sympetrum depressiusculum), espèce déterminante rare et en régression, dont la larve aquatique est inféodée aux pièces d’eau temporaires ou à niveau fluctuant, l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable et protégée qui affectionne les écoulements modestes à eaux courantes claires, ensoleillées et peuplées d'hydrophytes, la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii), espèce remarquable protégée en Europe, d’affinité ouest méditerranéenne, dont la larve aquatique se développe au niveau du chevelu racinaire des arbres rivulaires des cours d’eau de plaine et certains lacs bordés par la ripisylve, le Gomphe vulgaire (Gomphus vulgatissimus), espèce remarquable dont les larves se développent de préférence dans les eaux courantes au substrat de fond composé de limon sableux et  le Gomphe de Graslin (Gomphus graslini), espèce déterminante d’odonate, endémique franco-ibérique et en limite d’aire, très rare au niveau régional. Concernant l’ichtyofaune, l’Alose feinte (Alosa fallax), espèce protégée en France et considérée comme « Vulnérable », est un migrateur amphihalin (tout comme l’Anguille d’Europe qui est également présente sur le site) c’est-à-dire que les adultes quittent le milieu marin puis migrent en estuaire et en rivière où ils se reproduisent. Par la suite, les juvéniles redescendent vers les estuaires puis le milieu marin ou ils restent plusieurs années afin d’effectuer la majorité de leur croissance.

Commentaires sur la délimitation

Dans l’intérêt de conserver le continuum de l’hydrosystème, la ZNIEFF intègre l’ensemble de l’écosystème rivulaire, à l’exception du fleuve sensu stricto (lônes, ripisylves, même lorsqu’elles sont réduites à un linéaire).

Les limites extérieures de la ZNIEFF correspondent à une anthropisation forte de l’espace (agriculture, urbanisation). C’est ainsi que pratiquement toute l’île de l’Oiselet a été exclue de la ZNIEFF en raison de l’impact très fort de l’agriculture. En revanche, le camping de l’Islon Saint-Luc a été retenu en raison du faible niveau d’artificialisation de ses infrastructures.