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ZNIEFF 930012412
DÉPRESSION DU VIGUEIRAT - MARAIS DES COSTIÈRES DE CRAU

(n° régional : 13100152)

Commentaires généraux

Commentaire général
La Crau n'est pas seulement une steppe caillouteuse. Elle est riche en milieux humides c’est pourquoi cette zone a un intérêt écologique et biologique majeur. La dépression du Vigueirat se situe à l'est du Grand Rhône, entre le canal d'Arles à Bouc et les taillis de chêne vert de la coustière. Elle s'étend sur une longueur de 11 km, entre Mas Thibert et le Landre, sur une largeur moyenne de 3 Km environ. L'altitude moyenne est de 0,60 m. Malgré une pente très faible (0,05 %), la déclivité permet le drainage des eaux dans le sens nord sud. La dépression du Vigueirat constitue un vaste ensemble de biotopes palustres où s'individualisent les étangs de Trincanière, du Ligagneau, du Redon et du Landre. Elle est parsemée de "laurons", dépressions alimentées directement par la nappe de la Crau et qui renferment une importante richesse faunistique et floristique. Cette vaste zone humide est morcelée par un réseau de digues, de canaux de drainage et d’irrigation et de roubines. Son intérêt pour la conservation des habitats naturels repose aussi sur la superficie importante de milieux communs tels que les roselières. Ceux ci constituent notamment de formidables habitats pour l’avifaune.

Flore et habitats naturels
Les éléments les plus intéressants au regard du patrimoine floristique sont liés à l’eau douce et se situent à l’est du Canal du Vigueirat. On y trouve notamment un groupement intermédiaire entre l’Isoetion méditerranéen et le Nanocyperion médio européen. BRAUN BLANQUET  le décrit comme un groupement appauvri du Preslion cervinae présent en Languedoc et ici caractérisé par Mentha cervina, Solenopsis laurentia, Isolepis setacea, Isolepis cernua, Ranunculus ophioglossifolius.
Entre le Canal du Vigueirat et le Canal d’Arles à Fos apparaissent des formations végétales des marais saumâtres et des sansouires, très proches de celles de la Camargue. Des enganes* à Arthrocnemum fruticosum (Arthrocnemetum fruticosi entre autres) et des prés salés du Trifolion maritimi ou du Juncion maritimi (Junco gerardii Triglochinetum maritimi, avec Triglochin maritimum, Scorzonera parviflora) ainsi que quelques peuplements à Crypsis.
On trouve l’association steppique de Crau à Asphodelus ayardii (A. fistulosus auct. Crau), l’Asphodeletum fistulosi, à l’état fragmentaire en bordure sud de ces marais.

Faune
Les marais de la dépression du Vigueirat offre un intérêt biologique exceptionnel avec 63 espèces déterminantes et  29 remarquables.
Les communautés d’insectes relèvent d’un très grand intérêt de par leur diversité et la présence de nombreuses espèces rares. Les odonates rares se distinguent par la présence du Leste à grands ptérostigmas (Lestes macrostigma), espèce déterminante et menacée, rare et localisée, dont la larve se développe dans les pièces d'eau saumâtres peuplées de scirpes, temporaires ou fluctuantes. Cette dernière cohabite parfois avec le Sympétrum déprimé (Sympetrum depressiusculum), autre espèce déterminante en régression, qui affectionne les eaux temporaires pas ou peu salées. Les ruisseaux ou canaux à eaux claires sont colonisés par d’autres cortèges d’odonates, dont l’Agrion bleuissant (Coenagrion caerulescens), espèce déterminante d’affinité méditerranéenne, rare et en régression, qui recherche les ruissellements pionniers, et l’Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), espèce remarquable localisée et protégée en France. Les deux autres odonates remarquables sont la Cordulie à corps fin (Oxygastra curtisii), espèce protégée en Europe qui occupe les parties calmes des canaux aux rives arborées, et l’Aeshne printanière (Brachytron pratense) espèce peu commune inféodée aux marais. Ce sont sur les bordures des canaux, marais et ripisylves, que vole au début du printemps la Diane (Zerynthia polyxena), papillon de jour protégé en Europe, d’affinité méditerranéeo asiatique, inféodé de par sa chenille à la plante hôte locale, l’Aritoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda).
Chez les orthoptères, signalons la présence de trois espèces strictement hygrophiles, le Conocéphale des roseaux (Conocephalus dorsalis), sauterelle très rare au niveau régional, le Criquet tricolore (Paracinema tricolor), espèce méditerranéenne localisée et rare en dehors des marais de l’ouest des Bouches du Rhône, et le Criquet ensanglanté (Stethophyma grossum). La présence de ce dernier au marais du Ligagneau est particulièrement intéressante car il s’agit d’une station relictuelle alors que les populations les plus proches de cette espèce eurosibérienne se trouvent à l’étage montagnard dans les Alpes du sud. Le Criquet des dunes (Calephorus compressicornis) a également été signalé sur ce secteur, cette espèce déterminante d’orthoptère est très localisée et en limite d’aire, elle affectionne les surfaces sablonneuses sèches. De plus, la Courtilière provençale (Gryllotalpa septemdecimchromosomica), rare espèce déterminante qui peuple certains milieux marécageux en zone méditerranéenne, principalement des marais littoraux a été observée ces marais.
Les hétérocères, papillons de nuit, sont représentés ici par 5 espèces déterminantes : la Nonagrie radiée (Archanara neurica), la Phalène du populage (Chariaspilates formosaria), espèce rare présente dans quelques stations de l’ouest de la France en Camargue, Crombrugghia laeta, la Noctuelle sablonneuse (Lacanobia blenna) et enfin la Noctuelle pluviophile (Ulochlaena hirta), espèce déterminante très localisé, inféodée à des graminées dans les milieux steppiques méditerranéens.
Une espèce d’araignée déterminante a été signalée sur ce secteur, il s’agit d’une Lycose : Pardosa sphagnicola.
Quatre espèces de coléoptères déterminantes ont été observées : l'Acinope à grosse tête (Acinopus megacephalus), espèce de Carabidés appréciant les milieux marécageux en région méditerranéenne, Geotomus brunipennis, le Carabique Poecilus puncticollis, espèce menacée de Carabidés des marais et prairies littorales du bassin méditerranéen central et oriental et enfin le Carabique Pterostichus gracilis, espèce rare et menacée d’extinction, propre aux zones humides boisées.
Concernant l’ordre des Hémiptères (punaises), trois espèces déterminantes ont été signalées : Micrelytra fossularum, Polytoxus sanguineus et Saldula pilosella.
La Cistude d’Europe (Emys orbicularis) est fréquente dans ce secteur. Le Lézard ocellé (Timon lepidus) a été mentionné historiquement (1981) sur ce secteur mais il reste tout de même à rechercher. La Tortue d’Hermann (Testudo hermanni) a été signalée sur cette ZNIEFF, cette dernière a une distribution circumméditerranéenne rare et très localisée en France.
Concernant les amphibiens, le Pélobate cultripède (Pelobates cultripes) a été observé sur ce secteur, cette espèce déterminante ibéro-française méridionale affectionne les milieux ouverts
Les mammifères sont représentés ici par le Castor (Castor fiber) et la Loutre d’Europe (Lutra lutra).
En ce qui concerne les oiseaux nicheurs patrimoniaux de la zone citons par exemple, la Cigogne blanche (Ciconia ciconia), la Spatule blanche (Platalea leucorodia), Ibis falcinelle (Plegadis falcinellus), l’Oie cendrée (Anser anser), le Canard chipeau (Anas strepera), la Nette rousse (Netta rufina), le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), le Crabier chevelu (Ardeola ralloides), l’Aigrette garzette (Egretta garzetta), le Butor étoilé (Botaurus stellaris), le Blongios nain (Ixobrychus minutus), le Héron pourpré (Ardea purpurea), l’Avocette élégante, le Rollier d’Europe (Coracias garrulus), le Coucou geai (Clamator glandarius), la Lusciniole à moustaches (Acrocephalus melanopogon), la Fauvette à lunettes (Sylvia conspicillata) et la Talève sultane (Porphyrio porphyrio). De façon irrégulière, voir accidentelle, la Glaréole à collier (Glareola pratincola), la Guifette moustac (Chlidonias hybrida), la Rémiz penduline (Remiz pendulinus) se reproduisent sur le site. L’avifaune hivernante et migratrice de passage est également extrêmement riche et diversifiée.

Commentaires sur la délimitation

·la répartition des populations d’espèces de faune et de flore : les stations de Gratiola officinalis, Leucojum aestivum, de Nymphea et de Nuphar se répartissent sur l’ensemble de la Z.N.I.E.F.F., et ce jusqu’aux limites des marais à la faveur de roubines ou de fossés. Le Canal d’Arles à Fos est inclus pour cette raison. Ces marais font partie d’un vaste ensemble fréquenté par les oiseaux (Camargue - Crau - Etang de Berre et annexes).

·la répartition et l’agencement spatial des habitats : les contours englobent toute la zone palustre. A l’est, la limite est établie lorsque le milieu palustre cède la place à des formations xérophiles (faciès à Phillyrea angustifolia, chênaie verte). Cette limite entre milieux n’est pas facile à établir car les variations de composition floristique et de structure de la végétation sont très progressives : d’autres critères le justifient. La carte phytosociologique de Crau, bien qu’elle ait été réalisée à l’échelle du 1/50000ème, a permis de confirmer des limites pressenties sur le terrain.

·du degré d’artificialisation : les infrastructures routières et la zone industrielle de Fos ont été évitées. Ce critère justifie la séparation de la Z.N.I.E.F.F. des marais de l’Audience de celle du Vigueirat (N 268 et voie ferrée) dans le tiers sud.

·de la topographie, de l’hydrographie : la courbe de niveau 1,25 m délimite partout la zone d’influence du Rhône (zone inondable) et correspond par endroits à une limite logique. Cependant les Z.N.I.E.F.F. comprennent des points de côte plus élevée (Mas des Bruns : 3,3) parce que des roubines, fossés ou laurons y abritent des éléments d’intérêt patrimonial.

·les formations végétales palustres (roselières au sens très large, peupleraies, prairies humides, sansouires) ont toutes été circonscrites.