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ZNIEFF 930020161
HAUTE VALLÉE DE LA VÉSUBIE ET VALLÉE DU BORÉON

(n° régional : 06139100)

Commentaires généraux

Description de la zone

La haute vallée de la Vésubie, dite de la Madone de Fenestre, présente la particularité de détenir des glaciers souterrains relictuels des dernières glaciations, dissimulés sous les pierriers d’éboulis. Affluent de la rive gauche du Var, la Vésubie est par son débit le 2ème affluent le plus important du Var après la Tinée. Ce torrent de montagne, essentiellement classé en 1ère catégorie, compose l’aile orientale du bassin versant du Var. Il provient de la façade occidentale du point culminant du Mercantour (la Cime du Gélas à 3 134 m.). Long de 32 km (175 km avec ses affluents), ce torrent alpin coule principalement sur substrat cristallin. Il draine, notamment dans sa partie amont, pélites, granites, gneiss et amphibolites, ainsi que des roches sédimentaires épimétamorphisées dans sa partie aval (calcaires crétacés et jurassiques, gypse triasique). Son bassin versant s’étend sur une superficie de 395 km2. Sa surface en eau couvre 72 hectares. Il présente deux périodes de hautes eaux, à la fonte des neiges puis à l’automne, ainsi que deux périodes d’étiage, en hiver et en été. Ses eaux sont relativement claires et les taux de matières en suspension ne sont pas très importants, bien que variables. Son profil très déclive se redresse à partir de Saint-Martin de Vésubie. Grossi du torrent de Salèse, long de 13 km, le Boréon est un affluent de la Vésubie qui prend sa source à 2 200 m. d’altitude au Lac des Sagnes et draine la partie septentrionale du bassin. Il correspond à un torrent alpin cristallin de haute altitude, doté de cascades naturelles infranchissables.

L’ensemble de ces caractéristiques font des torrents du bassin de la Vésubie des cours d’eau alpins et subalpins à la torrentialité et au potentiel biologique moyens pour les Alpes. Les eaux de la Vésubie sont globalement dans sa partie aval de qualité physico-chimique bonne à excellente, plutôt fraîches, neutres à légèrement alcalines (pH compris entre 7,2 et 8,2) et très bien oxygénées : le taux de saturation en oxygène dissous (O2), souvent voisin de 100 %, est caractéristique d’un torrent de montagne. Le degré de minéralisation des eaux est variable. Les concentrations en sulfates (SO42-), calcium (Ca2+), hydrogénocarbonates (H2CO3) et magnésium (Mg2+) sont très faibles en amont puis augmentent vers l’aval. Les concentrations en potassium (K+), chlorures (Cl-) et sodium (Na+) restent quant à elles toujours faibles, il en est de même des taux de matières phosphorées (PO43-), de nitrates (NO3-) et de matières en suspension (MES). La flore aquatique du cours de la Haute-Vésubie et de ses affluents se réduit à un périphyton torrenticole dont le développement est plus ou moins important selon la période de l’année (variations saisonnières) et selon sa localisation géographique (plus développé à l’aval). Au niveau hydrobiologique faunistique, la diversité taxonomique locale et la densité des invertébrés benthiques, qui appartiennent à une faune typique du rhithron alpin, sont médiocres à assez bonnes. La Vésubie présente globalement une faible aptitude biogène. Les prélèvements d’eau réalisés sur la majeure partie de la rivière contribuent à l’évidence à l’appauvrissement de la faune benthique.

Appartenant au domaine salmonicole, la Vésubie et ses affluents sont presque entièrement classés en tant que cours d’eau à migrateurs depuis 1990. Cours d’eau au régime hydrologique sensiblement artificialisé, en débit réservé surtout dans sa partie aval, la Vésubie et ses affluents connaissent de nombreux captages et dérivations destinés à l’irrigation et surtout à l’alimentation en eau potable et plusieurs barrages hydro-électriques ont été construits sur son cours principal ainsi que sur ses affluents, ce qui rend ces cours d’eau encore plus fragiles aux pollutions et perturbations diverses (rejets polluants directs, indirects ou diffus plutôt importants, effluents des stations d’épuration, surfréquentation pour le canyoning, la baignade et le canoë-kayak). Les conséquences de cette artificialisation sont multiples : eutrophisation et réchauffement des eaux, altération de leurs qualités physico-chimiques et hydrobiologiques, augmentation des étiages hivernaux et estivaux, réduction de la capacité d’auto-épuration du cours d’eau, piétinement du milieu, etc... Les rejets polluants accentuent par ailleurs le développement algal d’Hydrurus foetidis, dont l’impact sur la reproduction peut être important.

Flore et habitats naturels

La végétation riveraine de la Vésubie et de ses affluents correspond à des ripisylves riches en Aulnes, Saules, Peupliers, Frênes, notamment l’aulnaie blanche à Aulne blanchâtre (Alnus incana) de l’Alnion incanae. Les cours d’eau à la base du l’étage subalpin sont bordés par des pessières acidophiles du Piceion excelsae à Listère cordée (Listera cordata), et des mégaphorbiaies de l’Adenostylion alliariae, abritant des espèces patrimoniales comme le Chérophylle élégant (Chaerophyllum elegans), le Séneçon de Balbis (Tephroseris balbisiana), le Cirse des montagnes (Cirsium alsophilum).

Faune

La haute vallée de la Vésubie et la vallée du Boréon disposent d’un patrimoine faunistique doté d’un intérêt biologique élevé avec la présence de 39 espèces animales patrimoniales. Parmi celles ci figurent 15 espèces déterminantes.

Le peuplement mammalogique local comprend notamment le Loup (Canis lupus), Carnivore déterminant, rare et localisé mais aujourd’hui à nouveau présent et en expansion en région P.A.C.A. depuis au moins 1992 après avoir été exterminé en France, dont les populations provenço alpines correspondent à la sous espèce italienne et la Taupe aveugle (Talpa caeca) une espèce déterminante rare et localisée dans les Alpes-Maritimes. Les autres espèces de mammifères sont des chauves souris telles que le Vespère de Savi (Hypsugo savii), espèce remarquable rupicole et montagnarde d’affinité méridionale, qui exploite d’une part les milieux forestiers (surtout ceux riverains de l’eau) pour la chasse et d’autre part les milieux rocheux (falaises) pour les gîtes, jusqu’à 2 400 m. d’altitude, le Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) une espèce déterminante rare et localisée et la Noctule de Leisler (Nyctalus leisleri), espèce remarquable arboricole et forestière, relativement fréquente, présente jusqu’à 2 200 m. d’altitude. Quant aux oiseaux nicheurs, citons notamment la Chevêche d’Athéna (Athene noctua), espèce remarquable de milieux semi ouverts, d’affinité méridionale, en déclin général, présente jusqu’à 1 100 m. d’altitude, l’Aigle royal (Aquila chrysaetos), le Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), l’Autour des palombes (Accipiter gentilis) et le Cincle plongeur (Cinclus cinclus), espèce remarquable, liée aux cours d’eau froids, propres et bien oxygénés, à courant plutôt vif, entre 100 et 2 400 m. d’altitude, localement abondante. Les amphibiens comprennent notamment le Spélerpès de Strinatii (Speleomantes strinatii), également appelé Hydromante, espèce remarquable peu abondante à répartition très localisée en région P.A.C.A., correspondant à un endémique franco italien présent en France uniquement dans deux départements (Alpes Maritimes essentiellement et Alpes de Haute Provence), recherchant les milieux humides, frais et ombragés (forêts, grottes, cavernes, éboulis) de 0 à 2 400 m. d’altitude.

Les poissons d’eau douce sont ici représentés par le Barbeau méridional (Barbus meridionalis), espèce remarquable d’affinité méridionale, liée aux cours d’eau clairs et bien oxygénés à débit rapide sur substrat de graviers.

Les peuplements d’arthropodes du secteur considéré présentent un intérêt patrimonial exceptionnel de part la grande diversité qui s’y exprime et la présence de nombreuses espèces rares, endémiques ou en limite d’aire. Sur les 24 espèces patrimoniales recensées, 21 sont déterminantes.

Tout d’abord concernant les crustacés isopodes, citons trois espèces de cloportes qui comportent un grand intérêt patrimonial, Caeroplastes porphyrivagus, espèce remarquable connue uniquement de France et de Sardaigne, présente dans la quasi-totalité de la région PACA (Alpes-de Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Var) et se rencontre du littoral et des îles côtières (d’Hyères et de Lérins) jusque dans les régions de moyenne montagne où elle peut atteindre 1 000 m d’altitude, Trichoniscus korsakovi, espèce déterminante endémique de la moyenne vallée de la Vésubie (Alpes-Maritimes).et Cylisticus racovitzai, espèce cavernicole déterminante, strictement endémique connue de seulement deux localités situées dans les Alpes-Maritimes à Lantosque (vallée de la Vésubie) et Breil-sur- Roya (vallée de la Roya).

Parmi les nombreux insectes patrimoniaux, les coléoptères se distinguent par la présence de nombreuses espèces endémiques ou rares, citons le Carabe de Solier (Carabus solieri), espèce déterminante et protégée en France, endémique des Alpes occidentales et de Ligurie, des pelouses subalpines et lisières forestières aux étages montagnards et subalpins, le carabique Trechus latus grouvellei, sous-espèce déterminante de coléoptères Carabidés, d’affinité montagnarde, endémique de la vallée de la Vésubie dans le département des Alpes-Maritimes, le Cychre Cychrus angulicollis, espèce déterminante, rare et gravement menacée d’extinction, en limite d’aire en région P.A.C.A., localisée en France exclusivement au département des Alpes Maritimes, correspondant à un endémique franco italien, habitant surtout les massifs calcaires entre 2 000 et 2 600 m. d’altitude, dans les éboulis et les amoncellements de blocs rocheux, à l’entrée des gouffres et des grottes, sous les détritus, le Carabique Duvalius lantosquensis, espèce déterminante de coléoptères Carabidés, surtout cavernicole et habitant les grottes, les mines et sous les pierres enfoncées, endémique de la vallée de la Vésubie dans le département des Alpes-Maritimes, le Ptérostique dilaté (Pterostichus truncatus dilatatus), espèce déterminante de Carabidés, endémique franco-italienne localisée en France aux Alpes-Maritimes où elle fréquente la zone alpine et les forêts supérieures, le carabique Bembidion decorum ticinense sous-espèce déterminante de Carabidés, endémique du Var et des Alpes-Maritimes, le carabique Laemostenus obtusus, espèce déterminante cavernicole et troglophile, endémique franco-italienne, en limite d’aire et strictement localisée en France aux départements des Alpes de Haute-Provence et des Alpes-Maritimes, entre 350 et 1 700 mètres d’altitude dans les grottes et les cavités, le charançon Dichotrachelus alpestris, espèce déterminante endémique des trois départements sud-alpins, où, relativement bien répandue, elle se trouve entre 2000 et 3000 mètres d’altitude sous les pierres, dans les mousses ou l’humus, le Péritèle Peritelus robusticornis, espèce déterminante de Coléoptères Curculionidés (charançons), liée au cours d’eau de la Vésubie dont il est endémique de sa vallée, et donc endémique du département des Alpes-Maritimes, Parmi les hémiptères, citons trois espèces intéressantes de punaises (hétéroptères), le pentatome Carpocoris melanocerus, espèce déterminante et rare, Alloeorhynchus putoni, espèce prédatrice déterminante d’affinité ouest-méditerranéenne, rare et localisée en France, liée aux versants crayeux secs, notamment au pied des touffes de Dorycnie (Dorycnium sp.) et Acalypta visolensis, espèce déterminante d’Hémiptères Tingidés, très localisée et gravement menacée d’extinction, en limite d’aire en région P.A.C.A., correspondant à un endémique franco-italien, d’affinité montagnarde, présente dans les étages subalpin et alpin.

Les orthoptères patrimoniaux sont représentés par le Criquet de la Bastide (Chorthippus binotatus daimei), sous-espèce déterminante et endémique de Haute-Provence et des Alpes du sud, peuplant les landes et pelouses des versants montagneux.

S’ajoute encore deux espèces déterminantes de diptères, l’Empis Chelifera serraticauda meridionalis, espèce orophile déterminante de Diptères Empididés, endémique de la haute vallée de la Vésubie et donc du département des Alpes-Maritimes, présente vers 2100 à 2300 mètres d’altitude et l’Empis Chelifera precabunda, espèce déterminante de Diptères Empididés, à aire de distribution morcelée en Europe, en limite d’aire en région P.A.C.A., localisée en France aux Massif Central, aux Alpes du Dauphiné et aux Alpes-Maritimes.

Enfin, les lépidoptères concernent un groupe bien représenté parmi les espèces patrimoniales, avec la Zygène de la Vésubie (Zygaena brizae vesubiana), espèce déterminante et protégée en France, rare et localisée, qui fréquente les pelouses à cirses et dont la sous-espèce vesubiana est endémique franco-italienne des Alpes-du-Sud, l’Alexanor (Papilio alexanor), espèce déterminante de lépidoptère, protégée au niveau européen, rare et dont l’aire de répartition est morcelée, inféodée aux éboulis et pentes rocailleuses jusqu’à 1700 m d’altitude où croît sa plante hôte locale Ptychotis saxifraga, l’Apollon (Parnassius apollo), espèce remarquable d'affinité montagnarde, protégée au niveau européen, peuplant les rocailles, pelouses et éboulis à Crassulacées et Saxifragacées entre 500 et 2500 m d’altitude, l’Azuré du Serpolet (Maculinea arion), espèce remarquable et protégée au niveau européen, inféodée aux bois clairs et ensoleillés, pelouses et friches sèches avec présence de ses plantes hôtes, des serpolets et de sa principale fourmi hôte, Myrmica sabuleti, jusqu’à 2400 m d’altitude, la Vanesse des pariétaires (Polygonia egea), espèce déterminante de papillon de jour en forte régression, ne subsistant en France plus que dans les Alpes-Maritimes à l’est du fleuve Var, le Nacré des Balkans (Boloria graeca tendensis), espèce déterminante à distribution fractionnée, des Balkans et des Alpes occidentales, dont la sous-espèce tendensis est endémique franco-italienne des Alpes-du-Sud, dans les pelouses subalpines rases et sèches à Violette éperonnée (Viola calcarata).

Commentaires sur la délimitation

ZNIEFF qui englobe les cours d'eau et leurs dépendances (ripisylves, mégaphorbiaies …)