8130-11 - Éboulis carbonatés subalpins à Ancolie des Pyrénées et Dioscorée des Pyrénées

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Habitat de superficie variable présentant son optimum à l’étage subalpin (entre 1 700 et 2 300 m d’altitude), mais pouvant parfois se rencontrer au sommet de l’étage montagnard ou à la base de l’étage alpin.
Il colonise, à pratiquement toutes les expositions, les pierriers secs formés d’éléments carbonatés de taille réduite (1 cm) à grossière (jusqu’à 30 cm) assez mobiles, sur des pentes relativement faibles situées en général au pied de falaises les alimentant.
Le microclimat régnant au sein de l’habitat est rude, très contrasté, en dehors de la période hivernale au cours de laquelle une protection est assurée par le manteau neigeux.
Des fractions fines (de pH légèrement basique : 7 à 8) constituant une matrice située à faible profondeur sous les débris rocheux facilitent la germination et l’enracinement des végétaux.

Variabilité

L’habitat est relativement homogène, décrit sous l’association à Ancolie des Pyrénées et Dioscorée des Pyrénées [Aquilegio pyrenaicae-Bordereetum pyrenaicae] représentée par sa sous-association typique sur le territoire français. Outre l’Ancolie des Pyrénées et la Dioscorée des Pyrénées, l’association est également caractérisée par : Campanule de Jaubert (Campanula jaubertiana), Fétuque des Pyrénées (Festuca pyrenaica).

Physionomie, structure

Végétation ouverte de recouvrement faible (en général inférieur à 45 %).
La flore est dominée par des hémicryptophytes (la majorité des espèces) et des géophytes [comme la Dioscorée des Pyrénées et la Renoncule à feuilles de parnassie (Ranunculus parnassifolius)].
Étant donné l’écologie particulière de l’habitat, les espèces se montrent très nettement spécialisées aux contraintes du milieu (nature, granulométrie, mobilité, microclimat, phénomènes cryonivaux…). Les espèces lithophiles présentent diverses stratégies leur permettant de résister aux contraintes imposées par les mouvements se produisant au sein des pierriers. L’organisation morphologique et anatomique de leur système végétatif (notamment souterrain) permet à ces espèces lithophiles de suivre et de subir, ou non, le mouvement des pierriers, d’où les diverses stratégies distinguées :
- stratégie migratrice : lithophytes migrateurs par allongement et régénération [Campanule de Jaubert, Crépide naine (Crepis pygmaea), Fétuque des Pyrénées, Rumex à écussons (Rumex scutatus)], lithophytes indépendants [Dioscorée des Pyrénées, Ibéris spatulé (Iberis spathulata), Renoncule à feuilles de parnassie] ;
- stratégie sédentaire : lithophytes à système souterrain stabilisateur [Véronique nummulaire (Veronica nummularia)], lithophytes édificateurs à système aérien stabilisateur [Saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia)].

Confusions possibles

Les éboulis carbonatés subalpins et alpins à éléments fins, des Pyrénées, à Ibéris spatulé et Renoncule à feuilles de parnassie [Code UE : 8130].
Les éboulis calcaires à Ancolie hirsutissime (Aquilegia viscosa subsp. hirsutissima) et Xatardie scabre (Xatartia scabra) [Aquilegio hirsutissimae-Xatardietum scabrae ; Code UE : 8130], des Pyrénées orientales.
Les éboulis calcaires fins à Fétuque des glaciers (Festuca glacialis) et Fétuque des Pyrénées [Festucetum glacialis-pyrenaicae ; Code UE : 8130].
Les éboulis calcaires à Linaire des Alpes et Minuartie à feuilles de céraiste (Minuartia cerastiifolia) [Linario alpinae-Minuartietum cerastifoliae ; Code UE : 8130].
Les éboulis carbonatés subalpins et alpins à éléments mobiles moyens à grossiers, des Pyrénées, à Crépide naine [Crepidetum pygmaeae ; Code UE : 8130].
Les éboulis calcaires thermophiles [Stipion calamagrostis ; Code UE : 8130], d’écologie différente.

Dynamique

Cet habitat provient de la colonisation de pierriers carbonatés à éléments fins à grossiers, enrichis en fractions terreuses fines. Il est relativement permanent tant qu’un équilibre s’établit entre les processus géomorphologiques (mobilité, phénomènes cryonivaux…) remaniant le milieu et la colonisation par les espèces végétales lithophiles spécialisées.
Les stations les moins mobiles permettent une colonisation de l’habitat par des espèces (glumales essentiellement) de pelouses rocailleuses calcaires, comme la Fétuque de Gautier (Festuca gautieri), l’Avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense), espèces sociales entrant en concurrence avec les espèces lithophiles de l’habitat, pouvant à terme permettre l’installation d’un stade de pelouse [Code UE : 6170].

Habitats associés ou en contact

Végétation chasmophytique des pentes rocheuses calcaires [Code UE : 8210)].
Pelouses écorchées à Fétuque de Gautier [Festucion scopariae ; Code UE : 6170].
Pelouses calcicoles orophiles méso-hygrophiles [Primulion intricatae ; Code UE : 6170].
Pelouses thermophiles à Fétuque paniculée (Festuca paniculata) [Festucion spadiceae ; Code Corine : 36.331].
Landines à Dryade à huit pétales (Dryas octopetala) et Saule des Pyrénées (Salix pyrenaica) [Dryado octopetalae-Salicetum pyrenaicae ; Code UE : 6170].
Landes subalpines à Genévrier nain (Juniperus sibirica) [Juniperion nanae ; Code UE : 4060].
Pinèdes à Pin à crochet (Pinus uncinata) sur calcaire [Code UE : 9430*].

Répartition géographique

Association à Ancolie des Pyrénées et Dioscorée des Pyrénées : endémique des Pyrénées centrales, l’habitat est surtout développé dans les Pyrénées espagnoles, atteignant sa limite septentrionale sur le versant français dans la région de Gavarnie (Hautes-Pyrénées).

Valeur écologique et biologique

Habitat rare, endémique des Pyrénées centrales, de grande valeur écologique et biologique par les conditions très particulières du milieu et le nombre d’espèces spécialisées (voir types biologiques et stratégies dans le paragraphe « Physionomie, structure ») qu’il renferme. De nombreuses espèces, considérées comme relictes tertiaires et dont certaines sont de souche méditerranéenne, s’y sont adaptées et ont évolué isolément. Ainsi, le cortège floristique compte un fort pourcentage d’espèces endémiques : des Pyrénées, comme la Dioscorée des Pyrénées, l’Ibéris spatulé, la Campanule de Jaubert, la Fétuque des Pyrénées, et pyrénéo-cantabriques, comme l’Ancolie des Pyrénées, la Véronique nummulaire.
Une lacune persiste dans la connaissance de la faune associée à ce type d’habitat (faune du milieu souterrain superficiel notamment).

États de conservation

États à privilégier :
Stade optimal de l’habitat.

Autres états observables :
Stades appauvris et stades en voie de colonisation par des espèces pelousaires.

Tendances et menaces

L’habitat rare et n’occupant que des surfaces réduites au versant français y apparaît menacé. Des menaces de destruction directe (piétinement et pâturage par les troupeaux, piétinement et bouleversement lors de randonnées, cueillette, érosion…) et indirecte (dynamique naturelle faisant évoluer l’habitat vers des stades de pelouses, changement climatique global éventuel…) existent.

Axes de recherche

Affiner la typologie syntaxonomique de l’habitat et en préciser la répartition géographique. Réaliser les inventaires de la faune associée à cet habitat.
Il serait intéressant de faire un suivi à long terme de ces habitats afin de connaître leur évolution éventuelle lors d’un changement climatique global.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)