8130-12 - Éboulis carbonatés subalpins à Ancolie visqueuse et Xatartie scabre, des Pyrénées

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Habitat de superficie variable présentant son optimum à l’étage subalpin (entre 1 800 et 2 200 m d’altitude).
Il colonise, en ombrée, les pierriers carbonatés mobiles formés d’éléments relativement petits (2 à 25 cm), de pente relativement faible et soumis à une cryoturbation importante.
Le microclimat régnant au sein de l’habitat est rude, très contrasté, en dehors de la période hivernale au cours de laquelle une protection est assurée par le manteau neigeux.
Une matrice de fractions fines (pH 7,5 à 8) située à faible profondeur sous les débris rocheux facilite la germination et l’enracinement des végétaux.

Variabilité

L’habitat est homogène, décrit sous le nom d’association à Ancolie visqueuse et Xatartie scabre [Aquilegio hirsutissimae-Xatartietum scabrae], caractérisée par, outre l’Ancolie visqueuse et la Xatartie scabre, la Sabline ligérienne (Arenaria ligericina).

Physionomie, structure

Végétation ouverte de recouvrement très faible (en général infé- rieur à 25 %).
La flore est essentiellement composée d’hémicryptophytes. Étant donné l’écologie particulière de l’habitat, les espèces se montrent très nettement spécialisées aux contraintes du milieu (nature, granulométrie, mobilité, microclimat, phénomènes cryonivaux…).
Les espèces lithophiles présentent diverses stratégies leur permettant de résister aux contraintes imposées par les mouvements se produisant au sein des pierriers. L’organisation morphologique et anatomique de leur système végétatif (notamment souterrain) permet à ces espèces lithophiles de suivre et de subir, ou non, le mouvement des pierriers, d’où les diverses stratégies distinguées :
- stratégie migratrice : lithophytes migrateurs par allongement et régénération [Crépide naine, Rumex à écussons (Rumex scutatus)], lithophytes migrateurs par allongement (Xatartie scabre) ;
- stratégie sédentaire : lithophytes à système souterrain stabilisateur [Silène prostrée (Silene uniflora subsp. prostrata)].

Confusions possibles

Les éboulis carbonatés subalpins et alpins à éléments fins, des Pyrénées, à Ibéris spatulé (Iberis spathulata) et Renoncule à feuilles de parnassie (Ranunculus parnassifolius) [Code UE : 8130].
Les éboulis carbonatés mobiles subalpins des Pyrénées à Ancolie des Pyrénées (Aquilegia pyrenaica) et Dioscorée des Pyrénées (Borderea pyrenaica) [Code UE : 8130].
Les éboulis calcaires à Linaire des Alpes et Minuartie à feuilles de céraiste (Minuartia cerastiifolia) [Linario alpinae-Minuartietum cerastifoliae ; Code UE : 8130].
Les éboulis carbonatés subalpins et alpins à éléments mobiles moyens à grossiers, des Pyrénées, à Crépide naine [Crepidetum pygmaeae ; Code UE : 8130].
Les éboulis fins carbonatés alpins des Pyrénées à Pensée de Lapeyrouse (Viola diversifolia) [Violetum diversifoliae ; Code UE : 8130].
Les éboulis schisteux alpins à Xatartie scabre des Pyrénées orientales [Xatartietum scabrae ; Code UE : 8130].

Dynamique

Cet habitat provient de la colonisation de pierriers carbonatés à éléments fins à moyens, enrichis en fractions terreuses fines. Il est relativement permanent tant qu’un équilibre s’établit entre les processus géomorphologiques (mobilité, phénomènes cryonivaux…) remaniant le milieu et la colonisation par les espèces végétales lithophiles spécialisées.
Les stations les moins mobiles permettent une colonisation de l’habitat par des espèces (glumales essentiellement) de pelouses rocailleuses calcaires, comme la Fétuque de Gautier, l’Avoine des montagnes (Helictotrichon sedenense), espèces sociales entrant en concurrence avec les espèces lithophiles de l’habitat, pouvant à terme permettre l’installation d’un stade de pelouse [Code UE : 6170].

Habitats associés ou en contact

Végétation chasmophytique des pentes rocheuses calcaires [Code UE : 8210].
Éboulis carbonatés à éléments mobiles moyens à grossiers à Crépide naine [Crepidetum pygmaeae ; Code UE : 8130].
Pelouses écorchées à Fétuque de Gautier [Festucion scopariae ; Code UE : 6170].
Landines à Dryade à huit pétales (Dryas octopetala) et Saule des Pyrénées (Salix pyrenaica) [Dryado octopetalae-Salicetum pyrenaicae ; Code UE : 6170].
Landes subalpines à Genévrier nain (Juniperus sibirica) [Juniperion nanae ; Code UE : 4060].
Pinèdes à Pin à crochet (Pinus uncinata) sur calcaire [Code UE : 9430*].

Répartition géographique

Association décrite des massifs espagnols des Pyrénées orientales, dont elle est endémique. Sa présence possible sur le versant français reste à confirmer.

Valeur écologique et biologique


Habitat rare, endémique des Pyrénées orientales, de grande valeur écologique et biologique par les conditions très particulières du milieu et le nombre d’espèces spécialisées (voir types biologiques et stratégies dans le paragraphe « Physionomie, structure ») qu’il renferme. Le cortège floristique compte un fort pourcentage d’espèces endémiques : des Pyrénées orientales, comme : Xatartie scabre (espèce protégée au niveau national), Ancolie visqueuse sous-espèce hirsutissime (versant français) et sous-espèce du Montsec (versant espagnol).
Une lacune persiste dans la connaissance de la faune associée à ce type d’habitat (faune du milieu souterrain superficiel notamment).

États de conservation

États à privilégier :
Stade optimal de l’habitat.

Autres états observables :
Stades appauvris et stades en voie de colonisation par des espèces pelousaires.

Tendances et menaces

Comme il est impossible d’indiquer les menaces potentielles sur le versant français, nous nous référerons au versant espagnol où l’habitat est rare et n’occupe que des surfaces réduites. Des menaces de destruction directe (piétinement et pâturage par les troupeaux, piétinement et bouleversement lors de randonnées, cueillette, érosion…) et indirecte (dynamique naturelle faisant évoluer l’habitat vers des stades de pelouses, changement climatique global éventuel…) existent.

Axes de recherche

Rechercher la présence de l’habitat au versant français des Pyrénées orientales et en préciser la répartition géographique.
Réaliser les inventaires de la faune associée à cet habitat.
Il serait intéressant de faire un suivi à long terme de cet habitat afin de connaître son évolution éventuelle lors d’un changement climatique global.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)