8220-7 - Végétation des crêtes siliceuses des étages montagnard et subalpin des Pyrénées centro-occidentales

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Sur rochers siliceux (granitiques, andésitiques, gneissiques, schisteux ou gréseux) suffisamment délités, en voie de fissuration intense et souvent de déchaussement, des blocs et crêtes bien exposés et ventés, de l’horizon supérieur (> 1 400 m) de l’étage montagnard jusqu’au sommet de l’étage subalpin.
La végétation occupe moins les fissures que la terre humifère fine et acide (pH 5,2 à 6 environ) et de faible mouillabilité enrobant les blocs en voie d’altération.

Variabilité

Habitat manifestant peu de variabilité dans son aire de répartition : groupement à Saxifrage enchevêtrée (Saxifraga intricata) et Véronique buissonnante (Veronica fruticans).
Une variation altitudinale de l’habitat montre l’apparition pro- gressive d’orophytes avec l’altitude croissante.

Physionomie, structure

Le déneigement précoce de l’habitat permet la floraison de ses espèces dès le mois de juin.
Cet habitat couvre en général des surfaces réduites, de quelques mètres carrés au maximum, limitées aux sites de fissuration et d’altération d’affleurements rocheux.
Le recouvrement par la végétation est assez faible (50 % au maximum) ; entre les touffes, existent des plages nues où apparaît un sol embryonnaire riche en humus noir.
Les espèces dominantes appartiennent aux types biologiques des hémicryptophytes et des chaméphytes nains.
Noter l’apparition de plusieurs espèces pelousaires ou landicoles, marquant à terme la dynamique de l’habitat vers des pelouses ou des landes.

Confusions possibles

Par la présence d’espèces en commun (Joubarbe des montagnes, Silène des rochers, Véronique buissonnante), ne pas confondre, à l’étage montagnard, cet habitat avec la végétation pionnière des surfaces de roches siliceuses [Sedo albi-Scleranthion biennis ; Code UE : 8230], où la surface est presque horizontale (permettant l’abondance de bryophytes) et le substrat rocheux restant compact.

Dynamique

L’habitat peut se substituer, par altération de la roche, élargissement des fissures, enrichissement en fractions fines, aux types les moins sciaphiles et les moins humides de la communauté végétale des fissures des rochers siliceux pauvres à riches en bases, suintants ou humides une bonne partie de l’année, des étages montagnard à alpin [Code UE : 8220].
L’habitat peut évoluer assez rapidement vers des stades de pelouses ou de landes rocailleuses ; cette dynamique naturelle se traduit par la présence dans l’habitat d’espèces pelousaires comme par exemple : Fétuque Gispet (Festuca eskia), Luzule penchée (Luzula nutans), Luzule en épi (Luzula spicata), Antennaire dioïque (Antennaria dioica), Jasione lisse (Jasione laevis) etc., ou d’espèces landicoles comme : Callune vulgaire (Calluna vulgaris), Myrtille (Vaccinium myrtillus), Airelle des marais (Vaccinium uliginosum), Genévrier commun (Juniperus communis)…

Habitats associés ou en contact

Communauté végétale de fissures des parois verticales, parfois en surplomb, des rochers siliceux pauvres à riches en bases, suintants ou humides une bonne partie de l’année, des étages montagnard à alpin [Androsacion vandellii ; Code UE : 8220].
Éboulis siliceux grossiers du Dryopteridion oreadis [Code UE : 8110].
Hêtraies-sapinières [Code Corine : 41.14, 42.122].
Pelouses pyrénéennes siliceuses à Gispet (Festuca eskia) [Code UE : 6140].
Pelouses acidophiles à Nard (Nardus stricta) [Nardion strictae ; Code UE : 6230*].
Landes du Juniperion nanae [Code UE : 4060].
Landes à Rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugi- neum) [Rhododendron ferruginei-Vaccinion myrtilli ; Code UE : 4060].
Pinède à Pin à crochet (Pinus uncinata) [Code UE : 9430].

Répartition géographique

Habitat décrit des Pyrénées centrales et occidentales (à rechercher ailleurs ; répartition à préciser).

Valeur écologique et biologique

La valeur de l’habitat tient avant tout à son endémisme, à la présence d’espèces à aire de répartition limitée (Saxifrage enchevêtrée, endémique pyrénéenne ; Orpin à feuilles courtes, endémique du sud-ouest européen) et au fait qu’il s’intègre dans les séquences dynamiques classiques des habitats siliceux des étages montagnard et subalpin.
Cet habitat constitue le biotope de prédilection d’une faune associée (rongeurs, reptiles, invertébrés) en raison des nombreuses cavités et interstices qu’il présente.

États de conservation

États à privilégier :
Stades optimaux de l’habitat (groupement le plus typique) étant donné les faibles superficies occupées.

Autres états observables :
Stades intermédiaires marquant la dynamique naturelle des milieux.

Tendances et menaces

Habitat de permanence variable selon le contexte de désagrégation du substrat et la vitesse de pédogenèse en découlant.
Différentes actions anthropozoogènes peuvent avoir un impact négatif direct ou indirect sur l’état de l’habitat : travaux de génie civil, piétinement, exploitation forestière sans précaution, passages de VTT, passages de skis, cueillette éventuelle de plantes, rassemblement de troupeaux…

Axes de recherche

Affiner la typologie syntaxonomique de l’habitat ; préciser sa répartition géographique.
Il serait intéressant de faire un suivi à long terme de cet habitat afin de connaître son évolution éventuelle lors d’un changement climatique global.

Bibliographie

Bensettiti F., Herard-Logereau K., Van Es J. & Balmain C. (coord.), 2004. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 5 - Habitats rocheux. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 381 p. + cédérom. (Source)