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6170-12 - Pelouses calcicoles orophiles sèches et thermophiles des Alpes maritimes et ligures

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étage essentiellement subalpin (oroméditerranéen) entre 1 700 m et 2 100 m.
Série du Pin à crochets, sous-série méridionale.
Versants chauds et secs protégés des vents.
Pentes moyennes à assez fortes (moyenne de 30 %).
Colonise les rocailles érodées, les éboulis fixés, les dos karstiques.
Roches-mères le plus souvent carbonatées (calcaires), plus rarement des grès ou des schistes lustrés.
Sols caillouteux, pauvres en argile et en humus mais riches en éléments figurés de taille moyenne et petite (sols rocheux, rendzines initiales et rendzines).
Systèmes pastoraux extensifs hérités des traditions de parcours ovin.

Variabilité

Variations d’ordre climatique (variabilité principale), géographique (variabilité secondaire), édaphique (variabilité tertiaire).

Climat des hautes montagnes méditerranéennes (Alpes externes) :
- Alpes maritimes :
pierriers en voie de fixation : pelouse à Fétuque dimorphe et Népéta petit népéta [Festucetum dimorphae] ; présence d’espèces transgressives d’éboulis des Thlaspietalia rotundifolii et Stipetalia calamagrostis ; les caractéristiques locales de l’association sont la Fétuque dimorphe (Festuca dimorpha), le Népéta petit népéta (Nepeta nepetella), la Valériane des montagnes (Valeriana montana), la Linaire couchée (Linaria supina var. poirioni), la Valériane à feuilles rondes (Valeriana rotundifolia),
pierriers fixés : pelouse à Avoine toujours verte et Centaurée de Trionfetti [Aveno sempervirentis-Centaureetum triumfettii] ; elle colonise les rocailles érodées et les dos karstiques ; les caractéristiques locales de l’association sont la Knautie molle (Knautia mollis), le Buplèvre fausse renoncule (Bupleurum ranunculoides var. obtusatum et var. burserianum), le Lin des Alpes (Linum alpinum), le Thésion des Alpes (Thesium alpinum), l’Épiaire du Monte Prada (Stachys pradica), le Leucanthème hétérophylle (Leucanthemum vulgare var. heterophyllum);
-Alpes de Haute-Provence : pelouse à Avoine toujours verte et Androsace de Vital [Aveno sempervirentis-Gregorietum vitalianae] ; elle se différencie par l’Androsace de Vital (Androsace vitaliana), la Minuartie printanière (Minuartia verna), la Carline sans tige (Carlina acaulis) et l’Esparcette des montagnes (Onobrychis montana).

Climat continental des vallées internes (Alpes internes) : pelouse à Avoine de Parlatore [Avenetum parlatorei], sur schistes lustrés où cette pelouse occupe les pentes les mieux exposées, pentes fortes de 25° à 40°, pentes ébouleuses en voie de fixation ; elle se développe sur une grande amplitude attitudinale de 1 750 m à 2 500 m ; les espèces différentielles par rapport aux pelouses précédentes sont essentiellement des silicicoles des Caricetea curvulae comme le Céraiste raide (Cerastium arvense subsp. strictum), la Potentille à grandes fleurs (Potentilla grandiflora), la Véronique d’Allioni (Veronica allionii)…

Physionomie, structure

Pelouses d’allure steppique, écorchées, peu recouvrantes, dominées par de hautes graminées vivaces en touffes.
Structure bistrate : strate haute composée de grandes avoines vivaces, Avoine toujours verte (Helictotrichon sempervirens), Avoine de Parlatore (Helictotrichon parlatorei) ou de grandes fétuques, comme la Fétuque dimorphe (Festuca dimorpha), strate basse composée de petites fétuques en touffes et « d’arbustes nains » prostrés.
Les faciès régressifs extrêmes (brûlis trop souvent répétés) correspondent à une steppe monospécifique à avoines.
Après abandon pastoral, piquetage arbustif très lent à base de diverses espèces de Genévrier (Juniperus pl. sp.) et de Pin à crochets (Pinus uncinata).

Confusions possibles

La pelouse à Avoine de Parlatore ou celle à Avoine toujours verte et Centaurée de Trionfetti peuvent être confondues : -avec une variation à Avoine de Parlatore de la pelouse à Centaurée à une tête (Centaurea uniflora) et Fétuque en spadice (Festuca paniculata subsp. spadicea) [Centaureo uniflorae-Festucetum spadiceae subass. avenetosum parlatorei] qui se développe sur roche cristalline et sur les pentes subalpines chaudes de la vallée de la Tinée [Festucion variae, code Corine : 36.331] ; -avec les pelouses calcicoles sèches montagnardes à subalpines des Alpes méridionales sur sols rocailleux instables développées à leur contact altitudinal inférieur [Ononido cristatae-Avenulenion sempervirentis, code UE : 6170].

Dynamique

Spontanée :
Végétation secondaire issue de déforestations historiques anciennes, inscrites dans des potentialités de forêts calcicoles sèches et chaudes à Pin à crochets (Pinus uncinata) du Junipero hemisphaericae-Pinion sylvestris, soumises à des influences méditerranéennes très marquées [code UE : 9430*].
Après abandon pastoral, processus dynamiques de reconstitution forestière lents.
Les pelouses de l’habitat peuvent être issues de la fixation progressive d’éboulis grossiers [Thlaspion rotundifolii, code UE : 8120] ou d’éboulis fins [Petasition paradoxi, code UE : 8120] ; le retour vers l’éboulis est réversible compte tenu de l’état d’équilibre instable des sols.
Si la pente est très forte et très exposée au vent, l’évolution est bloquée à une pelouse sur rendzine stable à Avoine de Seyne (Helictotrichon sedenense), Seslérie bleuâtre, Épervière tomenteuse, Épervière bifide (Hieracium bifidum), Aster des Alpes (Aster alpinus).
Si les conditions stationnelles sont moins contraignantes, la pelouse peut évoluer vers une landine à Astragale toujours vert (Astragalus sempervirens) sur marno-calcaires, à Globulaire à feuilles en cœur (Globularia cordifolia) sur calcaires compacts dans laquelle on trouve aussi la Sabline à grandes fleurs (Arenaria grandiflora), l’Hélianthème alpestre et d’autres plantes des milieux secs de sol brut calcaire.
La landine peut évoluer à son tour vers une garide à Genévrier nain (Juniperus sibirica), Nerprun nain (Rhamnus pumila), Daphné des Alpes (Daphne alpina).
Le stade forestier ultime est une pinède sèche très clairiérée à Pin à crochets.

Liée à la gestion :
Une fréquence trop élevée des brûlis conduit à une « steppe » pauvre en espèces dominée par les grandes avoines ou fétuques.

Habitats associés ou en contact

Éboulis sur calcaires ou sur calschistes [Thlaspion rotundifolii, Petasition paradoxi, code UE : 8120].
Pelouses calcicoles alpines et subalpines [Seslerion caeruleae, code UE : 6170].
Landes alpines et subalpines (junipéraies naines de montagne) [Juniperion nanae, code UE : 4060].
Forêts de Pin à crochets subalpines et montagnardes [Junipero hemisphaericae-Pinion sylvestris, code UE : 9430*].

Répartition géographique

Pelouse à Fétuque dimorphe : présente peut-être dans les Préalpes de l’Authion mais alors sous forme très appauvrie (optimum dans les Alpes ligures) ; ponctuellement peut-être aux sources du Var et dans le haut vallon du Bachelard.
Pelouse à Centaurée de Trionfetti et Avoine toujours verte : Préalpes dans les massifs de l’Authion (Ortighea, Cime de Raus, Point des Trois Communes, Ventabren), de la Marte, de Torrage, de Bertand, de Saccarel, ainsi que sur la haute chaîne au niveau du col de Tende.
Pelouse à Avoine toujours verte et Androsace de Vital : haute vallée du Verdon.
Pelouse à Avoine de Parlatore : haut Queyras oriental.

Valeur écologique et biologique

Pelouses en limite de leur aire de répartition : pelouse à Fétuque dimorphe (très rare), pelouse à Centaurée de Trionfetti et Avoine toujours verte (rare).
Les pelouses écorchées de cet habitat représentent, avec les groupements rupicoles, un des biotopes les plus riches en espèces, sous-espèces et variétés endémiques (la plupart sont des orophytes méridionales) : Knautie molle (Knautia mollis), Avoine toujours verte, Avoine sétacée (Helictotrichon setaceum), Campanule à fleurs étroites (Campanula stenocodon)…

États de conservation

États à privilégier :
Pelouse écorchée pentue en mélange avec des éboulis en voie de fixation.
Steppe peu pentue entièrement herbacée, soumise à un pâturage extensif et présentant différentes phases dynamiques internes (zones ouvertes, zones fermées, ourlification irrégulière avec différents faciès…).
Steppe herbacée pâturée en mosaïque avec de la lande à Genévrier nain et piquetée de Pin à crochets.
Autres états observables :
Steppe à avoines ou fétuques, pauvre en espèces, consécutive à des brûlis trop fréquents.

Tendances et menaces

Il ne semblerait pas qu’il y ait une régression importante des pelouses écorchées de l’Avenion sempervirentis. Toutefois, les changements des pratiques pastorales des hautes montagnes méditerranéennes (plus localisées et moins extensives que jadis) ont probablement conduit à des modifications floristiques sensibles et ont défavorisé la pelouse au profit de la garide. Le brûlage répété des pelouses conduit à des formations d’une extrême pauvreté floristique.

Potentialités intrinsèques de production

Pelouses sèches à superficie très restreinte en France, vouées essentiellement à la transhumance ovine aux étages montagnard et subalpin.
Pelouses qui se régénèrent seules, à préserver cependant des risques d’érosion.
Compte tenu de leur localisation (étage subalpin, entre 1 700 m et 2 100 m), elles offrent une valeur fourragère relativement faible et permettent une charge pastorale et une exploitation limitée.
Pour le pastoraliste, ces pelouses sont les témoins d’un abandon pastoral, zones de passage et milieu peu attractif (refus des avoines) : l’intérêt intrinsèque de cet habitat est donc faible.

Axes de recherche

Sur le territoire français, ces pelouses ont été très peu étudiées. Des lacunes importantes persistent sur leur caractérisation phytosociologique et leur répartition géographique. Des recherches phytosociologiques complémentaires sont donc souhaitables.
Définir les périodes propices au pâturage et le chargement optimal pour le maintien de ces formations végétales.
Essayer à titre expérimental la gestion par le feu, suivi d’un pâturage intensifié mené sur une courte période ; voir à ce sujet les expérimentations de brûlage lancées dans les Alpes maritimes (Authion).

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 1. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 445 p. + cédérom. (Source)