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6210-4 - Pelouses des vallées internes ouest-alpines à climat continental de la Maurienne et de la Tarentaise

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Étages collinéen supérieur et montagnard (500 m à 1450 m).
Pentes variables (de nulle à 60 %).
Principalement aux expositions chaudes.
Sol riche en bases (pH le plus souvent de l’ordre de 7,5).
Sol meuble à compact.

Variabilité

Diversité typologique en rapport avec la localisation géographique :

Vallée de la Maurienne, deux types de pelouses selon l’altitude (répartition relativement arbitraire : décrite ainsi par la littérature, mais un continuum, sans délimitation précise des types, est observé sur le terrain) :

Vallée de la basse Maurienne (entre 500 et 850 m) : pelouse à Stipe penné et Orpin de Nice [Stipo pennatae-Sedetum sediforme] avec : Fumana étalé (Fumana procumbens), Trinie glauque (Trinia glauca), Stipe penné (Stipa pennata), Orcanette helvétique (Onosma helvetica), Centaurée du Valais (Centaurea vallesiaca).
Plusieurs variantes :
- variante à Diplachnée tardive (Cleistogenes serotina) ;
- variante à Stipe capillaire (Stipa capillata) ;
- variante à Stipe penné ;
- variante à Brome dressé (Bromus erectus), appauvri en espèces du Stipo capillatae-Poion carniolicae ;

Vallée de la haute Maurienne (entre 1100 et 1450 m) : pelouse à Stipe capillaire et Pâturin élégant [Stipo capillatae-Poetum carniolicae] ; différentes variantes :
- variante à Sabline à grand bec (Minuartia rostrata), autour de 1100 m ;
- variante à Stipe capillaire, dans les situations les plus xériques, de 1100 à 1250 m ;
- variante à Fléole de Boehmer (Phleum phleoides), à plus haute altitude (au-dessus de 1400 m) sur faibles pentes et replats ;
- variante la plus mésophile ;

Vallée de la Tarentaise (entre 600 et 750 m) : pelouse à Brome dressé et Koelérie du Valais [Bromo erecti-Koelerietum vallesianae] avec : Astragale faux-sainfoin (Astragalus onobrychis), Silène cure-oreille (Silene otites), Bugrane nain (Ononis pusilla), Stipe capillaire, Hysope (Hyssopus officinalis), Aspérule aristatée (Asperula aristata) ;
- sous-association à Hippocrépide en toupet (Hippocrepis comosa) [Bromo erecti-Koelerietum vallesianae hippocrepidetosum comosae], principalement sur pentes faibles et sols de type rendzine ; deux variantes selon le degré de recouvrement de la végétation (dépendant du degré de la pente ou de la présence ou non d’affleurements rocheux) ;
- recouvrement faible (de l’ordre de 60 %) : variante à Stipe penné ;
- recouvrement important (de l’ordre de 80 à 95 %) : variante à Tunique saxifrage (Petrorhagia saxifraga) ;
- sous-association à Stipe capillaire [Bromo erecti-Koelerietum vallesianae stipetosum capillatae], en situations très xérothermophiles ; recouvrement de la végétation important (de l’ordre de 80 à 90 %) ;
- sous-association à Hysope [Bromo erecti-Koelerietum vallesianae hyssopetosum officinalis] pionnière sur des sols jeunes ; faible recouvrement de la végétation (60 %).

Physionomie, structure

Pelouses rases à mi-rases, à recouvrement très variable (de 50 % à 100 %) ; variante à Fléole de Boehmer de la pelouse à Stipe capillaire et Pâturin élégant, variante à Brome érigé de la pelouse à Stipe penné et Orpin de Nice et certains faciès à Chiendent hispide (Elytrigia intermedia) (plante remarquable par sa couleur glauque cendrée, pouvant atteindre un mètre) à végétation plus dense.
Large prédominance des hémicryptophytes et des petits chaméphytes ligneux ou sous-ligneux.
Forte présence de thérophytes et de chaméphytes crassulescentes transgressives des pelouses pionnières [Sedetum brigantiacae, Code UE : 6110], au niveau des interstices non végétalisés de la pelouse.
Densification et augmentation de la taille de la végétation s’installant sur des sols fertiles (anciennes terrasses cultivées) avec apparition d’espèces de pelouses rudérales [Onopordetum acanthii et Artemisio absinthii-Agropyrion intermedii, Code Corine : 87.2], avec principalement : Langue de chien (Cynoglossum officinale), Absinthe (Artemisia absinthium), Berteroa blanchâtre (Berteroa incana), Sauge d’Ethiopie (Salvia aethiopis).
Avec l’abandon des terres, piquetage de la pelouse par des ligneux de landes [(Genévrier sabine (Juniperus sabina), Lavande officinale (Lavandula angustifolia)], de fruticées et de fourrés [Églantiers (Rosa sp.), Épine-vinette (Berberis vulgaris), Nerprun des Alpes (Rhamnus alpina), Genévrier commun (Juniperus communis)] et des ligneux hauts d’accrus forestiers [Peuplier tremble (Populus tremula…)] et de pinèdes [Pin sylvestre (Pinus sylvestris)].
Deux pics principaux de floraison : l’un centré sur le mois de juin et l’autre sur le mois de septembre.

Confusions possibles

Avec les éboulis calcaires thermophiles à Calamagrostide argentée (Achnatherum calamagrostis) et Centranthe à feuilles étroites (Centranthus angustifolius) [Achnathero calamagrostis-Centranthetum angustifolii, Code UE : 8130] en cours de colonisation.
Avec les pelouses mésophiles à méso-xérophiles à Bromus dressé [Bromion erecti, Code UE : 6210].
Avec les pelouses méso-xérophiles à xérophiles à Bugrane du Mont-Cenis (Ononis cristata) [Ononidion cenisae, Code UE : 4090].
Avec les pelouses rudérales xérophiles à Onopordon à feuilles d’acanthe (Onopordium acanthium) [Onopordetum acanthii, Code Corine : 87.2].
Avec les pelouses rudérales xérophiles à Absinthe et Chiendent hispide [Artemisio absinthii-Agropyrion intermedii, Code Corine : 87.2].
Landes thermoxérophiles à Lavande officinale et Armoise blanche (Artemisia alba) [Lavandulo angustifoliae-Artemisietum albae, Code UE : 4060].

Dynamique

Spontanée :
Dans certaines situations (fortes pentes soumises à l’érosion, dalles rocheuses) et sur de faibles surfaces (de quelques m2 à quelques dizaines de m2), végétation à caractère quasipermanent.
Pour la majorité des pelouses, végétation correspondant à des formations secondaires issues de la déforestation, de l’abandon de terrasses agricoles.
Installation en pionnier (sur pentes terreuses mises à nu par un rajeunissement du milieu…), colonisation des éboulis calcaires thermophiles à Calamagrostide argentée et Centranthe à feuilles [Achnathero calamagrostis-Centranthetum angustifolii, Code UE : 8130], des pelouses pionnières à Orpins et Joubarbes [Alysso alyssoidis-Sedion albi, Code UE : 6110] et des anciennes terrasses cultivées suite à la déprise agricole.
Évolution de la végétation beaucoup plus rapide sur les terres abandonnées ; principales étapes dynamiques : piquetage arbustif et/ou arboré [précédé dans les situations les plus mésophiles par une densification de la végétation par colonisation et extension du Brachypode rupestre (Brachypodium rupestre)] pouvant conduire aux :
- landes thermoxérophiles à Genévrier sabine [Pino sylvestris-Juniperetalia sabinae, Code UE : 4060] ;
- fourrés thermoxérophiles à Épine-vinette [Berberidion vulgaris, Code Corine : 31.812] ;
- puis aux pinèdes thermoxérophiles à Pin sylvestre et Bugranes (Ononis sp.) [Ononido rotundifoliae-Pinion sylvestris, Code UE : 9430].

Habitats associés ou en contact

Falaises calcaires à Potentille à tiges courtes (Potentilla caulescens) [Potentillion caulescentis, Code UE : 8115].
Éboulis calcaires thermophiles à Calamagrostide argentée et Centranthe à feuilles étroites [Achnathero calamagrostis-Centranthetum angustifolii, Code UE : 8130].
Pelouses pionnières, rochers sur gypse à Matthiole du Valais (Matthiola valesiaca) [Fulgensio-Koelerietum vallesianae, Code Corine : 62 ].
Pelouses pionnières à Orpins et Joubarbes [Alysso alyssoidis-Sedion albi, Code UE : 6110].
Pelouses rudérales xérophiles à Absinthe et Chiendent hispide [Artemisio absinthii-Agropyrion intermedii, Code Corine : 87.2].
Pelouses rudérales xérophiles à Onopordon à feuilles d’acanthe [Onopordetum acanthii, Code Corine : 87.2].
Pelouses mésophiles à mésoxérophiles à Bromus dressé [Bromion erecti, Code UE : 6210].
Landes thermoxérophiles à Genévrier sabine [Pino sylvestris-Juniperetalia sabinae, Code UE : 4060].
Fourrés thermoxérophiles à Épine-vinette [Berberidion vulgaris, Code Corine : 31.81251].
Accrus forestiers de Peuplier tremble [Corylo avellanae-Populion tremulae, Code Corine : 31.8].
Pinèdes thermoxérophiles à Pin sylvestre et Bugranes (Ononis sp.) [Ononido rotundifolii-Pinion sylvestris, Code UE : 9430].

Répartition géographique

Pelouse à Stipe capillaire et Pâturin élégant : vallée de la haute
Maurienne, décrit de Modane à Aussois (Savoie). Pelouse à Stipe penné et Orpin de Nice : vallée de la basse Maurienne, décrit de La chapelle à Saint-Michel-en-Maurienne (Savoie).
Pelouse à Brome érigé et Koelérie du Valais : vallée de la Tarentaise (Savoie).

Valeur écologique et biologique

Pelouses d’affinité orientale en limite d’aire de répartition. Très forte richesse floristique et entomologique. Deux espèces protégées au niveau régional (Rhône-Alpes) :
Centaurée du Valais, Fétuque du Valais.
Une espèce inscrite au Livre rouge national (Tome I) : Centaurée du Valais.

États de conservation

États à privilégier :
Pelouses rases à mi-rases, ouvertes, à tapis végétal plus ou moins lacunaire (en mosaïque avec des surfaces de fourrés, de landes et de forêts).
Autres états observables :
Pelouses rases pâturées par ovins et caprins. Pelouses rases pâturées par bovins.

Tendances et menaces

Suite à l’abandon pastoral de certains secteurs, réduction des surfaces de pelouses liée à l’embrousaillement et au reboisement naturel des vallées.
Sur certains autres secteurs soumis à une intensification du pâturage ovin, dégradation des pelouses et érosion des sols.
Exploitation de la roche (carrières) pouvant ponctuellement détruire les pelouses sur dalles, éperons rocheux.

Potentialités intrinsèques de production

Pelouses sèches faisant partie des meilleurs parcours de la zone préalpine ; troupeaux locaux et/ou transhumants (ovins, bovins, caprins, équins).
Pelouses peu élevées caractérisées par un équilibre intéressant de la strate herbacée en espèces vivaces (Brome dressé, Koélérie du Valais) et annuelles. La présence de légumineuses (Luzerne, Anthyllide, Astragale...) dans ces pelouses enrichit leur valeur pastorale. La ressource fourragère varie cependant chaque année suivant les conditions climatiques.
Ressource pastorale de très bonne qualité au printemps et en automne : croissance de l’herbe tardive et assez lente, qui permet un pâturage de fin mai à début juillet.
Le dessèchement progressif de l’herbe empêche tout pâturage en plein été. Si les pluies de fin d’été sont suffisantes, la repousse d’automne est de très bonne qualité et permet un nouveau passage en octobre-novembre.

Axes de recherche

Pelouses encore peu étudiées, importantes lacunes sur leur répartition géographique et leur variation écologique.
Mettre en place des protocoles de suivi pluriannuels de l’impact des mesures de gestion sur le fonctionnement de l’habitat (évolution quantitative et qualitative des pelouses, impact sur la biodiversité).

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)