6510-6 - Prairies fauchées collinéennes à submontagnardes, mésophiles, mésotrophiques et basophiles

Liste hiérarchisée et descriptifs des habitats des Cahiers d'habitats

Caractéristiques stationnelles

Climats variés allant du climat sub à nord-atlantique (pour la prairie à Gaillet jaune et Trèfle blanc) au climat océanique collinéen pyrénéen.
Substrats géologiques plutôt riches en bases (calcaire, craie).
Sols moyennement fumés : fertilisation moyenne (prairies mésotrophiques).
Prairies sous-pâturée ou traitées en fauche (parfois précoce avec possibilité de regain d’arrière-saison en climat favorable) ; pâturage tardif possible.

Variabilité

Variabilité encore peu connue sur le territoire national, essentiellement liée aux régions naturelles associées à des conditions climatiques originales :
- sous climat subatlantique à nord-atlantique : prairie à Gaillet jaune et Trèfle rampant [Galio veri-Trifolietum repentis], avec variation sur sol brun calcaire à Centaurée scabieuse (Centaurea scabiosa) et Koelérie pyramidale (Koeleria pyramidata) [sousassociation centaureetosum scabiosae], variation sur sol brun eutrophe à Luzerne lupuline (Medicago lupulina) et Cirse acaule (Cirsium acaule) [sous-association medicaginetosum lupulinae] et variation type sur sol mésotrophe [sous-association typicum] ;
- sous climat océanique collinéen pyrénéen : prairie à Centaurée des bois et Fétuque roseau [Centaureo nemoralis-Festucetum arundinaceae pro parte], variant selon l’étagement altitudinal : forme d’altitude moyenne (400-600 m) typique, forme plus alticole (600-700 m) différenciée par quelques espèces d’altitude caractérisant le Polygono bistortae-Trisetion flavescentis (grande Astrance, Astrantia major, Knautie d’Auvergne, Knautia arvernensis) ; [la forme thermophile à Gaudinie fragile (Gaudinia fragilis) et Oenanthe faux-boucage (Oenanthe pimpinelloides) est transférée dans une autre alliance] ;
- sous climat pyrénéen de versant sud : prairie à Rhinanthe méditerranéen et Trisète jaunâtre [Rhinantho mediterranei-Trisetetum flavescentis], présentant une variation type [typicum], et deux variations plus xérophiles, l’une acidicline à Trèfle des champs (Trifolium campestre) [trifolietosum campestris], l’autre calcicole à Sauge des prés (Salvia pratensis) [salvietosum pratensis] ;

Diverses variations régionales ou édaphiques (notamment sur sables dunaires enrichies en matière organique) restent à caractériser.

Physionomie, structure

Habitat à structure typique de prairie à biomasse élevée, dense : richesse en hémicryptophytes et géophytes, pauvreté en thérophytes.
Une stratification nette sépare les plus hautes herbes (graminées élevées, ombellifères, composées…) des herbes plus basses (petites graminées, herbes à tiges rampantes…).
La floraison est souvente attachante, avec une bonne représentation des Dicotylédones à floraisons tardi-vernales à estivales souvent vives et attirant les pollinisateurs.

Confusions possibles

La prairie à Centaurée des bois et Fétuque roseau initialement décrite comprenait une forme liée au piémont pyrénéen (région de Tarbes et Lourdes) différenciée par la Gaudinie fragile et l’Oenanthe faux-boucage ; il vaut mieux retirer cette unité originale, plus thermophile que le cœur de l’association, et la rapporter au Brachypodio pinnati-Centaureion nemoralis.

Dynamique

Spontanée :
Mal connue pour l’habitat pyrénéen. La prairie subatlantique à Gaillet jaune et Trèfle rampant s’inscrit dans une dynamique régressive de chênaies-charmaies ou chênaies-hêtraies neutrophiles à calcicoles subatlantiques [Codes Corine : 41.13, 4114, 41.16, 41.2].

Liée à la gestion :
C’est la gestion pastorale qui permet l’expression de cet habitat ; par exemple la prairie subatlantique à Gaillet jaune et Trèfle rampant dérive souvent de pelouses calcicoles initiales (Succiso pratensis-Brachypodietum pinnati, Avenulo pratensis-Festucetum lemanii…) [Code UE : 6210] sous l’effet d’une fertilisation modérée ; son cortège floristique caractéristique mêle d’ailleurs des espèces prairiales classiques, révélatrices de l’élévation du niveau trophique, et des espèces calcicoles relictuelles des pelouses initiales.
Le traitement en fauche dominante est aussi essentiel ; le pâturage intensif élimine les espèces sensibles et transforme ces habitats en prés pâturés (par exemple, le pré à Luzerne lupuline et Cynosure crételle, Medicagini lupulinae-Cynosuretum cristati) [Code Corine : 38.1].
La fertilisation élevée les fait dériver vers des prés nettement eutrophiques (par exemple, pré fauché à Berce des prés et Brome mou, Heracleo sphondylii-Brometum mollis, pré pâturé à Ivraie vivace et Cynosure crételle, Lolio perennis-Cynosuretum cristati) [Code UE : 6510].
Habitat par ailleurs menacé par la déprise agricole favorisant la reprise de la dynamique naturelle progressive.

Habitats associés ou en contact

Prairie à Gaillet jaune et Trèfle rampant : pelouses calcicoles (Mesobromion erecti) [Code UE : 6210] et ourlets calcicoles (Trifolion medii) [Code Corine : 34.42] oligotrophiques préservés de la fertilisation, fourrés calcicoles héliophiles [Code UE : 5130, Code Corine : 31.8] ; parfois, lorsque des pointements calcaires affleurent, elle peut entrer en contact avec des pelouses ouvertes de dalle à vivaces et annuelles (Alysso alyssoidis-Sedion albi) [Code UE : 8210].
Prairie à Centaurée des bois et Fétuque roseau, prairie à Rhinanthe méditerranéen et Trisète jaunâtre : indéterminé.

Répartition géographique

Prairie à Gaillet jaune et Trèfle rampant : domaine subatlantique du nord-ouest et du nord de la France (Basse-Normandie secondaire à Calestienne française).
Prairie à Centaurée des bois et Fétuque roseau : collines des Hautes-Pyrénées (400 à 700 m).
Prairie à Rhinanthe méditerranéen et Trisète jaunâtre : décrite du versant ibérique des Pyrénées catalanes, à rechercher sur la partie française de cette région.
Habitat présent dans d’autres régions françaises, où il reste à caractériser.

Valeur écologique et biologique

Valeur floristique moyenne : pas d’espèces protégées ou menacées au plan national.
Des espèces relictuelles des pelouses calcicoles initiales, protégées ou menacées au plan régional, peuvent s’y maintenir ; par exemple, dans le Nord-Pas-de-Calais : Avoine des prés (Avenula pratensis), Genêt des teinturiers (Genista tinctoria), Coeloglosse verdâtre (Coeloglossum viride), Colchique d’automne (Colchicum autumnale), Gentiane d’Allemagne (Gentianella germanica), Saxifrage granulée (Saxifraga granulata), en Calestienne française.

États de conservation

États à privilégier :
Privilégier les formes les moins fertilisées correspondant au cœur de l’habitat.
Autres états observables :
Formes eutrophisées de passage vers les prairies eutrophiques.

Tendances et menaces

Ces prairies sont surtout menacées par la fertilisation et/ou le pâturage dominant qui les font dériver vers des prairies de moindre valeur patrimoniale, ainsi que par la déprise agricole ; ces dynamiques sont variables selon les régions.

Potentialités intrinsèques de production

Prairies traditionnellement fauchées et avec possibilité de regain en arrière-saison qui permet un pâturage.

Axes de recherche

Optimisation des pratiques de fertilisation.

Fiche du cahier d'habitats (format pdf)
Bibliographie

 Bensettiti F., Boullet V., Chavaudret-Laborie C. & Deniaud J. (coord.), 2005. « Cahiers d’habitats » Natura 2000. Connaissance et gestion des habitats et des espèces d’intérêt communautaire. Tome 4 - Habitats agropastoraux. Volume 2. MEDD/MAAPAR/MNHN. Éd. La Documentation française, Paris, 487 p. + cédérom. (Source)