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V.3.2. - Grottes et boyaux à obscurité totale (en enclave dans les étages supérieurs)

Typologie des biocénoses benthiques méditerranéennes de la Convention de Barcelone

Description

Cavités immergées de grandes dimensions surtout présentes dans les réseaux karstiques ennoyés, cavités de petite taille et microcavités isolées dans les amas de pierres et au sein de certains concrétionnements.
Les Grottes Obscures sont des enclaves du domaine aphotique dans la zone littorale ; elles présentent des conditions environnementales très originales, proches de celles rencontrées sur la pente continentale. Les deux facteurs clés sont l’absence de lumière, qui exclue les organismes photosynthétiques et le confinement, qui exclue les organismes à forte demande trophique. Le renouvellement de l’eau des chambres obscures est généralement très faible ou occasionnel et dépend de facteurs topographiques, bathymétriques et géographiques locaux. La grande stabilité hydrologique est indiquée par des anomalies de température, des conditions extrêmement oligotrophiques et des paramètres biochimiques. Des anomalies thermiques positives sont typiques des grottes à profil montant (cas fréquent des grottes karstiques) et des anomalies négatives ont été notées dans les rares grottes à profil descendant. La très forte diminution de l’apport trophique depuis l’extérieur entraîne une sélection drastique des animaux établis dans cet habitat. Le taux de recouvrement biologique des parois de cet habitat peut atteindre 80 à 50% dans les zones les plus riches, mais peut être quasi nul dans les parties les plus confinées. La sélection des groupes trophiques et des groupes morphologiques ainsi que l’organisation spatiale sont régis par les conditions environnementales propres à chaque grotte. Cette biocénose comprend une part notable d’espèces typiquement profondes, les plus originales d’entre elles se rencontrant dans les grottes à profil descendant, ayant un régime thermique proche de celui des zones profondes méditerranéennes.

Etage

Bathyal, remontée en circalittoral

Substrat

Rocheux, bioconcrétionnement

Situation

plus ou moins confinée

Hydrodynamisme

Très faible, sauf exception

Salinité

Normale, parfois suintements d'eau douce

Température

Anomalies possibles

Principaux critères de reconnaissance

Fissures et grottes totalement dépourvues de lumière où règnent des conditions de renouvellement de l'eau, de température et trophiques très particulièrement rappelant les zones plus profondes. Le taux de recouvrement de la faune sessile peut être très faible. Les parois sont noircies par des enduits d'oxydes de fer et de manganèse.

Espèces caractéristiques/indicatrices

Foraminifères : Discoramulina bollii,
Eponges : Petrobiona massiliana, Discoderma polydiscus, Corallistes masoni ; Oopsacas minuta, Asbestopluma hypogea, Spirastrella cunctatrix, Merlia deficiens,
Cnidaires : Guynia annulata, Ceratotrochus magnaghii,
Polychètes Serpulides : Janita fimbriata, Filogranula annulata, Metavermilia multicristata, Vermiliopsis monodiscus,
Chaetognathes : Spadella ledoyeri,
Bryozoaires : Puellina pedunculata, Ellisina gautieri ; Setosella cavernicola, Liripora violacea, Annectocyma indistincta,
Brachiopodes : Tethyrhynchia mediterranea, Argyrotheca cistellula,
Crustacés : Hemimysis speluncula ; H. margalefi, Stenopus spinosus, Herbstia condyliata,
Poissons : Oligopus ater, Gammogobius steinitzi.

Habitats associés ou en contact

Les Grottes Obscures (V.3.2) font généralement suite aux Grottes Semi-Obscures (IV.3.2) lorsqu'on s'enfonce dans une cavité.

Confusions possibles

Dans les zones de transition, en particulier dans les tunnels obscurs bien drainés, il est parfois difficile de déterminer les limites entre les Grottes Semi-Obscures (IV.3.2) et les Grottes Obscures (V.3.2).

Intérêt pour la conservation

Les grottes obscures, compte tenu des conditions particulières qui y règnent, sont des milieux refuges pour des organismes à faible compétitivité qui tolèrent les faibles ressources trophiques locales, contrairement à des organismes plus dynamiques. Cet effet refuge se manifeste spectaculairement par la conservation d'espèces reliques (« fossiles vivants » d'origine très ancienne, comme l'éponge hypercalcifiée Petrobiona massiliana), favorisés aussi par la stabilité du milieu. Les grottes sont aussi des refuges pour des organismes risquant d'être chassés par des prédateurs diurnes (cas des Mysidacés cavernicoles).
La présence d'espèces vivant normalement plus profondément (espèces bathyales) s'explique par le fait qu'elles trouvent dans cet habitat les conditions de lumière, de stabilité du milieu, de nourriture similaires à celles de la pente continentale.

Tendances et menaces

Les grottes constituent des paysages de haute valeur esthétique, et sont fréquemment visitées par les plongeurs. Ces derniers peuvent perturber l'environnement particulier de cet habitat en rompant la situation de confinement, en mettant en suspension la vase du plancher, en émettant des bulles qui stagnent ensuite au plafond, et aussi par la multiplication des contacts avec les organismes des parois, qui sont très fragiles et dont le renouvellement est extrêmement lent.

Gestion et statut de conservation

La bonne gestion de cet habitat passe par deux séries de mesures :
-surveillance de la qualité des eaux et de la pollution, en particulier de la charge en matières organiques,
-gestion de la fréquentation et éducation des personnes pratiquant les activités sous-marines.

Auteurs de la fiche

D. BELLAN-SANTINI, G. BELLAN, J. G. HARMELIN

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